Cosmétiques à gogo !

1963, San Antonio enquête, sous couverture, dans un cirque.1 Ce cirque itinérant est, en effet, passé dans toutes les villes où des vols de tableaux de prix ont eu lieu. C’est donc avec son collègue Bérurier que le commissaire va entrer en scène, afin de tenter de stopper une bande apparemment bien organisée. Tout va commencer par un meurtre… celui d’un homme (Giuseppe Farolini) qui avait été vu auparavant avec Donato Grado, un des artistes du cirque.

Un roman qui fait voyager San Antonio (on part en Italie !) et son lecteur (bien obligé de suivre !).

Un roman qui permet à une collaboration de s’établir entre le commissaire français et un commissaire Italien (Fernaybranca).

Un roman qui dégouline de produits de maquillage !

L’histoire en deux mots

Dans le cirque Barnaby rien ne tourne rond. Les antipodistes trafiquent de la drogue et font partie du réseau du marquis Humberto Di Tcharpinni (celui-ci cache bien son jeu) ! Un réseau soutenu par un flic « marron » (Frantz Tiffosi). Et ceci pendant qu’un autre membre de la troupe barbote des toiles de prix dans les musées. Deux affaires parallèles qui vont être traitées parallèlement par le célèbre commissaire.

Bérurier, il bouffe comme un lion !

Il est gros ; il a 40 ans ; il ne brille pas par la propreté. En revanche, c’est un collègue hors pair sur lequel on peut toujours compter. Son appétit proverbial va lui permettre d’intervenir dans un numéro très spécial, au cours duquel il dévore tout ce que le public lui propose. Tout vraiment tout… De la paire de bretelles à « une boîte d’onguent gris », en passant par les objets les plus hétéroclites, comme cette « bulle de pape en savon de Marseille ». Afin de préparer son estomac à cette sarabande d’aliments variés, Béru enfile quelques « verres de limonade » et protège la paroi de son tube digestif avec une « cuillerée de bismuth ».

De quoi avoir, tout de même, parfois, quelques aigreurs, traitées, comme il se doit, avec un doigt (ou même un peu plus !) de « bicarbonate » ! (« Le Gros s’enfile une big porcif de bicarbonate. »)

Un Bérurier barbu durant cet épisode ; un Bérurier qui est, quand même, encouragé à se raser à un moment donné, pour une simple question d’hygiène ! « Va te raser, Gros […] ». Histoire d’aller draguer… Pour cela, l’inspecteur se fait une peau de « velours », qu’il renforce par l’emploi d’un talc plein de douceur (« sa joue talquée »).

San Antonio, il fleure comme une rose !

Le commissaire est, comme de coutume, « rasé de frais » et agréablement parfumé (« sentant bon grâce à Carven »). Séducteur comme toujours !

M. Barnaby, il est bête comme une oie !

Le directeur du cirque, M. Barnaby semble ne rien voir de ce qui se trame dans sa petite entreprise !

Mme Barnaby, elle est bariolée comme un perroquet !

La moitié du directeur est plutôt son double, si l’on en croit sa balance ! Son genre de maquillage relève du feu d’artifices… « Elle est maquillée en bleu, vert, rose et rouge » ; le tout étant déposé « avec une truelle » sur son épiderme délicat de blonde. Il faut également préciser que la belle dame adopte alternativement un maquillage de jour (censé être discret) et un « maquillage du soir » (beaucoup plus tapageur). De toute façon, quels que soient les produits choisis, San Antonio n’apprécie guère, comparant le résultat à un « ouvrage de maçonnerie ». Ajoutons à cela un « fabuleux parfum » premier prix (il ne vient pas de la « rue du Faubourg-Saint-Honoré »), qui donne « envie de partir en vacances à bord d’un camion de l’UMDP » et qui nécessite, lorsque l’on voyage de concert, d’ouvrir tout grand les vitres de la voiture. Malgré tout cela, San Antonio, que rien ne semble rebuter, semble prêt à caresser l’épiderme de sa patronne… il se voit bien en train « d’effacer » sur ses cuisses toute trace de « cellulite ». De quoi déclencher un peu de jalousie chez Melle Muguet !

Conséquence : la pauvre Mme Barnaby se prend le contenu aqueux d’un seau à champagne en pleine figure, ce qui conduit à un véritable désastre cosmétique : « Ses rouges, ses ocres, ses verts, ses bleus, ses noirs, ses blancs se diluent. La voilà déguisée en arc-en-ciel. Un arc-en-ciel qui n’arriverait pas à retrouver sa respiration. Un arc-en ciel qui perdrait son râtelier. » Pas découragée pour autant, la valeureuse amoureuse court se refaire une beauté dans les toilettes les plus proches. Et c’est reparti pour un maquillage de compétition, avec du « rouge à z’yeux et du noir à lèvres. » Un peu sonnée, tout de même ! A sa décharge, on précisera que « sans maquillage » elle ressemble à « un bloc de saindoux » ! Un plaidoyer donc en faveur des produits de beauté capables de la magnifier !

M. Nivunikônu, il vole comme une pie !

Le magicien se fait également détrousseur d’honnêtes flics, privant ainsi Béru et son chef de leur carte professionnelle. Précisons que ce magicien de talent joue également les médecins à ses heures, tartinant ses collègues de potions variées. « Il passe du glotmuche de barbouzi sur les plaies du malheureux, après les avoir désinfectées au prognathe fissuré ; ensuite de quoi il y colle des bandes de troufignard entoilé. » Comprenne qui pourra !

Ce que l’on comprend tout de même c’est que ce Nivunikônu est le voleur de tableaux que l’on cherche depuis le début !

Melle Muguet, elle est jolie comme un 1er mai !

San Antonio est mis à la disposition de Melle Muguet, une charmante blonde, aux « yeux bleu-mauve », dompteuse d’éléphants. Son rôle : nettoyer les dents des pachydermes ! « Primo parce que c’est moi qui colgate les ratiches de ses pachydermes […] ». Une tâche réalisée avec soin par le commissaire, qui ne s’arrête que lorsque les dents de ses protégés ont « la blancheur Persil ».

Par ailleurs, San Antonio « peigne, Zoé, la girafe », avec mission de lui faire « sa mise en pli quotidienne » !

Bref, de quoi laisser du temps libre à un commissaire qui sent rapidement que quelque chose ne tourne pas rond au cirque Barnaby ! Bref, une jolie blonde qui ne va pas rester de glace aux avances de l’audacieux commissaire !

Donato et Paul, ils sont changeants comme des caméléons !

Ce couple d’antipodistes intéresse rapidement San Antonio, qui trouve leur attitude suspecte. Paul se met du « rouge à lèvres »… un rouge à lèvres « sensationnel » ! Pendant que Donato « se talque les triceps » !

Les deux malheureux finiront assassinés ! Salement poignardés. De quoi soulever le cœur des plus aguerris, nous dit Frédéric Dard, qui use, à ce sujet, d’une expression infiniment parlante. En constatant le double décès : « On a le cervelet qui se fait la valoche, comme de la pâte dentifrice lorsque Jumbo a marché sur le tube. »

M. Québellaburna, il est innocent comme l’agneau qui vient de naître !

San Antonio remonte à cet industriel dans la mesure où son chauffeur (Giuseppe Farolini) est venu se faire tuer en plein cirque ! Il n’est au courant de rien, ce pauvre homme !

Mme Québellaburna, elle n’est pas si innocente que cela !

Cette charmante dame au « parfum délicat » a environ 35 ans ; elle est blonde, « de ce blond fabuleux des Italiennes qui ne sont pas brunes », avec un « teint ocre » !

Le marquis Humberto Di Tcharpinni, il est indéfrisé comme un mouton !

Cet authentique marquis semble mener joyeuse vie ! Son visage « aristocratique » est, nous dit-on, « rose et poudré ». Ses cheveux, quant à eux, sont « platinés et indéfrisés comme les crins d’une poupée de prix. » Bref, un homme qui raffole des cosmétiques et ne manque jamais une occasion pour s’enduire les lèvres d’un « soupçon de rouge à lèvres »… accompagné d’une « présomption de noir à z’yeux » et d’une « apparence de bleu à paupières pour les stores » ; bref, un homme qui ne boude pas son plaisir cosmétique et use de produits de maquillage sans modération.

Mouillé jusqu’au cou (c’est lui le chef !) dans une affaire de trafic de drogue !

Et de la vaseline en veux-tu en voilà !

Avec des individus dont « les nerfs » sont « en vaseline » ! Avec des « vannes vaselinées », qui ne font pas forcément rire !

Et le bronzage à l’honneur

San Antonio se rend dans une « boîte de tantes » où les garçons usent de « rouge à lèvres » ; amateur de femmes, le commissaire ne peut, toutefois, se retenir d’admirer les « beaux corps bronzés » des garçons qui fréquentent l’endroit.

Et un regard qui fait bronzer

Le roi de la formule nous livre ici une expression qui hâle le lecteur, sans lampe UV. « Il m’enveloppe chaudement d’un regard si intense que je dois me mettre à bronzer. »

Et une bonne douche

Une douche au figuré (« ça le douche, il repleure. ») et non au propre !

Et un jeu de mot pharmaceutique !

Qui dit crime, dit police. Une police qui arrive par cars entiers sur le site du cirque, ce qui fait dire à Frédéric Dard : « Déjà des cars de matuches se mettent à piluler comme disent les pharmaciens ».

Et un lecteur vilipendé

Une fois de plus, le lecteur est vilipendé, traité de « petits constipés de la coiffe » ! Le lecteur à « cervelle de fourmi » a effectivement un peu de mal à suivre cette intrigue pleine de rebondissements ! Ses « cellules grises » sont visiblement « restées au vestiaire ».

En peignant la girafe, en bref

Comme d’habitude, ce roman est truffé d’allusions cosmétiques, avec, en plus, quelques sucreries pharmaceutiques. Une explosion d’expressions qui ravissent tout adepte des cosmétiques ! Du grand art !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., En peignant la girafe in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages