Cosmétique placebo et cosmétique versus placebo… quelle différence ?

L’effet placebo est bien connu et très étudié dans le domaine médical. Il peut être intéressant, mais pose un problème éthique.

L’effet placebo est mal connu dans le domaine cosmétique car très peu étudié.

On connaît les tests d’efficacité réalisés contre placebo, qui visent à démontrer l’efficacité d’un actif en matière d’effet hydratant, anti-âge, amincissant… On connaît moins le pouvoir placebo des cosmétiques. Ou bien on le suppose, mais on ne dispose pas de preuve de sa réalité scientifique.

Quid de ce placebo ? Sans pleurer, on se met en marche !

D’où vient le terme placebo ?

Ce terme d’origine latine se traduit en français par l’expression « Je plairai ». C’est Saint Jérôme qui est à l’origine de tout nous dit-on, puisque, lorsqu’il traduisit de l’hébreu le premier verbe du 9e vers du psaume 116,1 il prit la liberté de remplacer le verbe « marcher » par le verbe « plaire » (placere). La phrase « Je marcherai devant l’Éternel, Sur la terre des vivants. » devint : « Je plairai à l’Eternel, Sur la terre des vivants. » (« Placebo Domino in regione vivorum »). Ce verset, répété à satiété par les pleureuses, lors des offices des morts, qui sont d’ailleurs appelés « placebo »,2 leur valut le nom de « placebo », dans la mesure où les larmes versées ne correspondaient pas à une peine profonde, vraie, sincère, mais à une manifestation réalisée « pour plaire ». Voilà… comment tout a commencé. Par un simple échange de mot… « marcher » devenant « plaire », puis par l’emploi de ce mot « plaire » pour désigner des femmes qui ont toute l’apparence de la douleur… l’apparence, rien de plus !

Par la suite, l’écrivain Georges Chaucer se saisira de ce terme pour désigner, dans son œuvre Les contes de Canterbury, un courtisan pour le moins flatteur, un courtisan qui enjolive, qui s’arrange avec la vérité.

Ces pleureuses, ces courtisans, qui font de la tromperie leur matériau de base, vont donner l’idée aux médecins de la fin du XVIIIe siècle de baptiser un traitement « inoffensif » et sans principe actif, prescrit uniquement pour faire plaisir au patient et lui proposer un remède lorsqu’il n’en existe pas d’adapté, du nom de « placebo ».3,4

Qu’est-ce qu’un placebo ?

Ce terme « placebo » est utilisé, par certains auteurs, pour désigner « les substances inertes telles que l’amidon, le dextromaltose, le lactose, le talc, le sérum physiologique » ou bien « les substances ayant une activité pharmacologique connue, telles que les vitamines, les minéraux, les antibactériens et les substances psychotropes, utilisées, toutefois, à des doses infra-thérapeutiques ou pour une mauvaise raison, par exemple l’utilisation d’antibactériens dans le traitement d’infections virales non compliquées. ».5

Pour d’autres, il s’agit d’une forme galénique ne renfermant qu’une substance qualifiée de pharmacologiquement inactive… la fameuse « pilule de sucre »6 ou le « comprimé vierge ».7

Dans l’édition de 1785 du Motherby’s New Medical Dictionary, ce placebo est présenté comme une « méthode ou un médicament », alors qu’en 1811, le Hooper’s Medical Dictionary considère le terme placebo comme « une épithète, donnée à tout médicament adopté pour plaire plutôt que pour le bien du patient ».8

Pour l’Académie française, il s’agit d’un médicament en son entier soit : une « Préparation ne contenant aucune substance active, mais dont la prise a un effet bénéfique sur le patient qui la croit agissante. Le sucre est parfois utilisé comme placebo. La recherche médicale utilise des placebos pour tester par comparaison l’effet d’un nouveau médicament. En apposition. Un effet placebo. »9

Quelles sont les premières expériences en France utilisant des placebos ?

Ces expériences sont dues à Benjamin Franklin et Antoine Lavoisier, l’un comme l’autre étant bien décidés à montrer l’imposture d’un certain Mesmer, un charlatan qui utilisait le « magnétisme animal » pour traiter ses patients. Pour le démasquer, Benjamin et Antoine réunirent un échantillon de cobayes et les soumirent, alternativement à des substances ou à des matériaux « hypnotisés » ou non. Les résultats sont anarchiques. Certaines personnes s’évanouissant au contact de matériaux non hypnotisés, d’autres étant pris de symptômes divers et variés pensant avoir été soumis à des substances hypnotisées.10 La démonstration était faite : le fluide en question n’existait que dans la tête de ceux qui voulaient bien y croire.

Et l’effet placebo d’un cosmétique ?

Un certain nombre d’études montrent que les femmes maquillées seraient plus attirantes ; ceci peut avoir des conséquences pratiques au niveau professionnel, les femmes recevant plus de pourboire que les autres dans le domaine de la restauration par exemple.

Une équipe de psychologues américains s’est posée la question de savoir s’il n’y avait pas un côté placebo dans tout cela. Pour ce faire, les chercheurs ont recruté une étudiante de 21 ans ayant l’habitude se maquiller ;11 celle-ci arrivait au laboratoire de perception du Gettysburg College 30 minutes avant le début des tests. Selon les jours, et de manière aléatoire, soit elle n’était pas maquillée (et elle le savait !) ou bien elle était prise en main par une maquilleuse chargée de la maquiller pour de vrai (oui, pour de vrai, avec de vrais produits, un fond de teint porcelaine, une poudre compacte ivoire, une poudre bronzante, un blush rose, un fard à paupières brun/doré, un mascara noir et un rouge à lèvres rouge) ou bien de faire tout un protocole de soin mimant le maquillage (donc réalisant un maquillage pour de faux à l’aide de brosse, d’éponge non imprégnées de produit au niveau des yeux et en appliquant une crème de jour non teintée sur le visage et un stick labial sur les lèvres). L’expérience a été réalisée en plein air (et non dans un bar ou un restaurant où la présence de miroirs aurait risqué de fausser les résultats) ; la volontaire ayant pour mission de collecter des dons pour une association caritative. Chaque phase de maquillage était suivie par une étape, en fin de journée, de démaquillage (la volontaire devait garder les yeux fermés) pour ne pas voir l’état des lingettes démaquillantes. La jeune fille a avoué, à la fin du test, n‘avoir pas eu conscience d’être maquillée pour de vrai certains jours et pour de faux d’autres jours. Un total de 566,51 dollars a été collecté sur 34 jours et reversé à la Croix-Rouge américaine. Dans les conditions « sans maquillage », la jeune fille est entrée en contact avec 208 personnes (128 hommes et 80 femmes). Dans les conditions « placebo », elle est entrée en contact avec 210 personnes (130 hommes et 80 femmes). Dans les conditions « cosmétique » (maquillage), elle est entrée en contact avec 208 personnes (117 hommes et 91 femmes). On déduit de ce test que les hommes sont plus susceptibles que les femmes de faire un don à une femme. On ne démontre pas statistiquement de différences entre les trois conditions testées (avec maquillage réel, avec maquillage placebo, sans maquillage). On en déduit donc qu’il n’existe pas d’effet placebo (sentiment d’assurance lié à la sensation d’être maquillée) en matière de maquillage, du moins démontrable via cette étude. A creuser donc…

On recherchait donc par cette étude contre placebo (la base de teint sans pigment, le stick à lèvres, l’effleurement des paupières avec un pinceau…) à démontrer l’efficacité du placebo (absence de produits de maquillage de composition classique) sur la confiance en soi et l’attractivité.

Ce genre d’étude qui vise à montrer l’effet placebo d’un cosmétique est très rare.

L’effet d’un cosmétique contre placebo !

Les études contre placebo ne se comptent plus dans le domaine cosmétique. On compare ainsi l’efficacité d’un cosmétique par rapport à celle d’un excipient en matière de restauration de la barrière cutanée chez le sujet atopique,12 d’effet anti-âge,13,14 d’un effet anti-vergetures,15 d’effet blanchissant pour les dents16… etc, etc…

Effet placebo et cosmétiques, en bref

Oui, le cosmétique fait du bien. Oui, il nettoie, hydrate, protège, modifie l’aspect, parfume, chasse les mauvaises odeurs…

Mais est-ce lié à un effet placebo ? Pas toujours, car si le produit nettoyant utilisé n’est pas efficace nos mains sales trahiront vite notre sentiment d’insatisfaction.

Mais au fait… un cosmétique placebo qu’est-ce que c’est ? Un excipient additionné d’additifs. D’accord. Bon, donc, du coup, un hydratant dès lors que la forme galénique choisie est une émulsion.

En conclusion, dans le domaine cosmétique, le plus dur c’est encore d’arriver à formuler un placebo !

Bibliographie

1 https://www.biblegateway.com/passage/?search=Psaumes%20116&version=LSG

2 McQuay HJ, Moore RA. Placebo. Postgrad Med J. 2005 Mar;81(953):155-60

3 Finniss DG, Kaptchuk TJ, Miller F, Benedetti F. Biological, clinical, and ethical advances of placebo effects. Lancet. 2010 Feb 20;375(9715):686-95

4 Cai L, He L. Placebo effects and the molecular biological components involved. Gen Psychiatr. 2019 Sep 6;32(5):e100089

5 Pardo-Cabello AJ, Manzano-Gamero V, Puche-Cañas E. Placebo: a brief updated review. Naunyn Schmiedebergs Arch Pharmacol. 2022 Nov;395(11):1343-1356

6 Knezevic NN, Sic A, Worobey S, Knezevic E. Justice for Placebo: Placebo Effect in Clinical Trials and Everyday Practice. Medicines (Basel). 2025 Feb 24;12(1):5

7 Shorter E. A brief history of placebos and clinical trials in psychiatry. Can J Psychiatry. 2011 Apr;56(4):193-7

8 Sonawalla SB, Rosenbaum JF. Placebo response in depression. Dialogues Clin Neurosci. 2002 Mar;4(1):105-13

9 https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9P2630

10 Kaptchuk TJ, Kerr CE, Zanger A. Placebo controls, exorcisms, and the devil. Lancet. 2009 Oct 10;374(9697):1234-5

11 Batres C, Kramer SS, DeAngelis CG, Russell R. Examining the ‘cosmetics placebo effect’. PLoS One. 2019 Jan 10;14(1):e0210238

12 Frossard N, Coïc A, Saguet T, Coïc A, Himbert F, Do QT, Galzi JL, Suehs C, Guillaumet G, Bonnet P, Bernard P. Randomized double-blind placebo-controlled cosmetic trial of a topical first-in-class Neutraligand targeting the chemokine TARC/CCL17 in mild-to-moderate atopic dermatitis. Int J Cosmet Sci. 2024 Jun;46(3):468-47

13 Fossa Shirata MM, Maia Campos PMBG. Sunscreens and Cosmetic Formulations Containing Ascorbyl Tetraisopalmitate and Rice Peptides for the Improvement of Skin Photoaging: A Double-blind, Randomized Placebo-controlled Clinical Study. Photochem Photobiol. 2021 Jul;97(4):805-815. D

14 Vergilio MM, Leonardi GR. Topical Formulation with Niacinamide Combined with 5 MHz Ultrasound for Improving Skin Ageing: A Double-blind, Randomised, Placebo-controlled Clinical Study. Curr Med Chem. 2025;32(22):4556-4568

15 Young GL, Jewell D. Creams for preventing stretch marks in pregnancy. Cochrane Database Syst Rev. 2000;(2):CD000066

16 Simon JF, Powell L, Hollis S, Anastasia MK, Gerlach RW, Farrell S. Placebo-controlled clinical trial evaluating 9.5% hydrogen peroxide high-adhesion whitening strips. J Clin Dent. 2014;25(3):49-52