Condamnation du maquillage trompeur par… Frédéric dare, dare dard !

Après Du poulet au menu1… on enchaîne avec Tu vas trinquer San-Antonio… Le commissaire a mis la main sur les plans ultra-secrets d’un avion au top de l’innovation.2 Ceux-ci sont désormais bien au chaud dans le coffre-fort du commandant de bord du « Liberté », un navire qui emmène tout droit San Antonio et ses collègues à New-York !

Les plans volés en France étaient destinés à des interlocuteurs basés en Amérique. Reste à nos enquêteurs à retrouver la bande de malfrats qui attendait réception de ces plans ultra-sensibles.

Bien évidemment, gros succès pour San Antonio qui paye ici de sa personne en sortant tout branlant d’une séance de torture sur mesure !

Oliver Andy, le local de l’étape ou un excès de poils

Oliver et San Antonio sont grands copains. C’est chez Oliver que San Antonio vient se cacher, lorsqu’il est poursuivi par toute la mafia du coin. Oliver se rase devant son acolyte, sans complexe avec un « Sunbeam », qui « fait un bruit de quadrimoteur sur le point de décoller ». Pendant qu’Oliver finit de se tondre « la pelouse », San Antonio, quant à lui, a droit à « une bonne douche froide », bien méritée. Une fois cet acte d’hygiène effectué, Oliver lui tend gentiment son rasoir : « Vous pouvez vous servir de mon rasoir ». Bel exemple de collaboration transatlantique !

Après tout cela, San Antonio est de nouveau « nickel, rebecqueté, pomponné, amidonné, calamistré, laqué, vernissé, loqué, lavé, rasé, douché, baigné, récuré (de campagne) » ! Bref, Frédéric Dard, comme bien souvent, nous fait une énumération à couper le souffle pour nous faire entrevoir un héros au poil, au top de sa santé !

La copine d’Oliver Andy ou un manque d’amour… gratuit !

La copine d’Oliver est une « pin-up brune », prénommée Concha qui coûte, un bras en « fourrures, robes, parfums et dîners […] » au pauvre inspecteur.

Les employés du times square hotel ou un excès de gélatine

Ces employés ont les « crins aplatis par trois kilogrammes de gélatine ».

Les subordonnés de San Antonio ou un manque d’hygiène évident

Bérurier et Pinaud ne font guère honneur à la France, tant ils sont sales. Afin de rectifier l’image que ces sbires peuvent donner San Antonio commande : « Primo tu te rases, deuxio Pinaud se rase, tertio vous cessez de me raser avec vos questions saugrenues ! Rompez ! »

Dans cet opus, Bérurier et Pinaud vont être torturés tout comme leur chef ; on cherche à leur faire avouer où sont cachés les plans. Le corps de Pinaud est ainsi « sculpté au rasoir comme un marron d’Inde » !

San Antonio ou l’esprit potache

Alors que Bérurier dort comme un bienheureux, la bouche grande ouverte, San Antonio y fourre l’« une des minuscules savonnettes mises à la disposition par l’hôtel » où tous crèchent. « Il ne réagit pas immédiatement, et puis brusquement il mastique la savonnette et se réveille en crachant. »

Un malfrat bronzé ou un excès d’UV

Rapidement, San Antonio et ses collègues sont suivis par un jeune homme, « au teint bronzé et aux yeux clairs ». Il ne faut pas croire pour autant que ce charmant jeune homme ne leur veut que du bien.

Un couple élégant ou une parfaite maitrise des produits de maquillage

Dans cette histoire, San Antonio est kidnappé par des voyous en col blanc. Il arrivera, rassurons-nous, à s’extraire de ce mauvais pas et à filer en douce, « en rasant les murs avec un rasoir mécanique » !

L’homme très élégant qui mène le bal est accompagné d’une fille « sensationnelle », qui utilise un « léger fond de teint orange », qui se marie à ravir avec son « rouge à lèvres violet ». Avec une dernière touche de bon goût : des « ongles longs, laqués de rouge » !

Une blonde aux yeux bleus, qui ne quitte pas un seul instant son compagnon aux cheveux gris et aux yeux noirs

La fille en question est divinement parfumée. Ce parfum est parfaitement au goût de San Antonio, qui déclare cette odeur « enchanteresse », avant de tomber dans les pommes, suite à une drôle de transfusion pratiquée à rebours… Et oui, la seringue qui le pique aspire son sang ! Le but de cette torture étant de faire avouer au commissaire qui il est et où il cache les plans secrets !

L’utilisation de tous ces cosmétiques, de tous ces articles de séduction, constituent pour Frédéric Dard l’occasion de taper sur les femmes un peu trop maquillées. « Elles sont toutes en trompe-l’œil ! En trompe-bonhomme ! Elles foutent du rouge à lèvres sur l’existence et on embrasse du vide, nous autres… ». Comme quoi il est tout à fait possible de philosopher en parlant de produits de beauté !

Et la cuisine américaine ou un excès de sauce

Bérurier s’émeut en mangeant un pâté, « recouvert d’une sauce rose », qui ressemble, du point de vue de l’aspect et du goût, à s’y méprendre avec de « la pâte dentifrice » ! San Antonio, quant à lui, compare plutôt la spécialité à de « la pâte à modeler » !

Et mention spéciale à Buitoni

Bérurier ne connaît de l’italien que ce qui est inscrit sur « les boîtes de sauce Buitoni ».

Et un parfum au figuré

San Antonio est en lien étroit avec un policier américain, Oliver Andy, comme on l’a déjà indiqué. Il le met « au parfum » de l’enquête qui l’a mené sur le sol américain !

Et une expression pharmaceutique

Plutôt que de dire que San Antonio est ahuri, Frédéric Dard préfère nous dire qu’il a « l’air d’un suppositoire qui n’a pas atteint son objectif. »

Et un lecteur qui en a l’habitude…

Oui, on le sait, Frédéric Dard aime houspiller son lectorat, traité, pour cette fois, de « démantelés de la rotonde », de « pignoufle »…

Des « trognes expressives comme des camemberts trop faits »… un portrait du lecteur de San Antonio peu séduisant !

Enfin… une charmante hôtesse de l’air qui sent… Paris !

Retour à Paris en avion. Affaire conclue, bouclée. L’hôtesse de l’air réconforte San Antonio. « Elle sent Paris »… Tout va donc pour le mieux. Paname n’est pas loin !

Tu vas trinquer San Antonio, en bref

Oui, il a trinqué San Antonio… mais pas avec du whisky. Avec son anatomie ! Et ses collègues Bérurier et Pinaud ont dû faire également montre de courage. Et ces hommes vont être des héros, une fois de plus, en sauvant, des mains de l’ennemi, les plans d’un avion, qui risque bien de faire parler de lui par son caractère innovant. Un opus qui permet à Frédéric Dard de tacler les femmes qui se maquillent à outrance ; un opus qui sent un parfum de luxe et un parfum de capitale ; un opus qui permet à Frédéric Dard de tacler la gastronomie outre-Atlantique, en établissant une comparaison entre la sauce d’un pâté et un vulgaire dentifrice !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Une affaire stroumpfement troussée par Frédéric Dard | Regard sur les cosmétiques

2 Dard F., Tu vas trinquer San Antonio in San Antonio – Tome 3, Collections Bouquins Robert Laffont, 2010, 1288 pages