Comme un parfum de vertu retrouvée !

Tout commence par une vente aux enchères qui a lieu le 12 mars 1847, après le décès d’une femme de mœurs légères, d’une femme « entretenue ». Une femme habituée au luxe, aux dépenses folles, aux vêtements raffinés… Une femme qui a dépensé son argent, ses sentiments et qui succombe, comme beaucoup de gens de son époque, à une maladie de poitrine, la terrible tuberculose.

La jeune femme a croisé un amoureux pur, sincère dans sa vie tumultueuse… Malheureusement, un concours de circonstances a brisé le lien qui l’unissait à son amant !

Histoire d’une femme au teint de camélia qui se sacrifie par amour !1

Une femme qui s’entretient à l’aide de parfums

Marguerite Gautier est une femme savamment parfumée (elle possède l’art de parfumer ses robes, lorsqu’elle va danser, ce qui crée autour d’elle un halo de « parfums légers »), qui a laissé dans son appartement une odeur prégnante. Une odeur, qui, de son vivant, rebutait les honnêtes femmes, mais, qui, une fois la mort passée par là, se retrouve purifiée (« La mort avait purifié l’air de ce cloaque splendide. »). Une femme séduisante, qui dégage un « parfum de volupté, comme ces flacons d’Orient qui, si bien fermés qu’ils soient, laissent échapper le parfum de la liqueur qu’ils renferment. » Un parfum qui semble se diluer, perdre de sa puissance au contact des êtres qu’elle croise dans sa vie quotidienne (« Il semble que, si indifférente qu’elle soit à ce qui l’entoure, la femme aimée perde de son parfum et de son unité au contact des hommes et des choses. »), nous dit Armand Duval, qui aimerait bien mettre sa maîtresse sous cloche, afin d’être le seul à pouvoir respirer sa tendre fragrance.

Une odeur qu’Armand souhaite sentir une nouvelle fois et ce quelque temps après la mort de l’adorée. Pour pouvoir admirer, encore une fois, sa bien-aimée, pour pouvoir encore sentir son parfum, Armand ordonne un changement de tombe. L’expérience n’est guère agréable, puisqu’une « odeur infecte » s’exhale de la tombe et ce « malgré les plantes aromatiques dont elle était semée. »

Une femme qui s’entretient à l’aide de toutes sortes de cosmétiques

Le cabinet de toilette de la jeune femme est somptueux. On y trouve « une magnifique collection » d’objets « nécessaires à la toilette », en or ou en argent. Pas un seul « ustensile » en métal vulgaire, dans cette exposition d’objets de luxe, ornés d’initiales variées, comme autant de témoignages de ses amours multiples.

Une silhouette entretenue… à l’aide de bonbons sucrés

Marguerite est « grande et mince jusqu’à l’exagération ». Mince… ce qui est étonnant pour une femme qui ne se déplace qu’avec un sac de bonbons, des « raisins glacés », dont elle raffole et dont elle fait grande consommation.

Un visage entretenu… à l’aide de saignées

Le visage de Marguerite est d’un « ovale » parfait. Ses yeux noirs sont « surmontés de sourcils d’un arc si pur qu’il semblait peint » (sans doute est-il d’ailleurs réellement redessiné, à l’aide d’un cosmétique). Ses joues pâles sont délicatement teintées de « rose ». Des dents « blanches comme du lait » doivent également être remarquées.

Le teint pâle de Marguerite est, sans doute, à mettre sur le compte des cosmétiques qu’elle utilise, mais également sur un mauvais état de santé et sur la réalisation de « saignées », pratiquées dans un but thérapeutique, afin de traiter sa tuberculose et non pour des raisons esthétiques.

Un teint qui répond aux canons de la beauté de son époque, mais qui est témoin d’un état de santé de plus en plus déclinant. Pour faire encore bonne figure lorsqu’elle sort au théâtre, Marguerite se fera bientôt poser sur la peau, par sa femme de chambre, « du rouge », afin de ne pas avoir l’air d’un « cadavre ambulant » !

Des ongles entretenus avec soin

Marguerite réalise la « toilette de ses ongles », avec soin.

Une conversation taquine entretenue avec beaucoup d’esprit

Malicieuse, taquine, Marguerite a le franc parler des femmes de sa condition. « Elles ne savent pas ce que c’est que l’élégance et la politesse ; c’est comme les chiens auxquels on met des parfums, ils trouvent que cela sent mauvais et vont se rouler dans le ruisseau. »

Et des camélias, forcément !

Marguerite ne se déplace jamais sans ses camélias. « Pendant 25 jours du mois, les camélias étaient blancs, et pendant 5 ils étaient rouges ; on n’a jamais su la raison de cette variété de couleurs, que je signale sans pouvoir l’expliquer. »

Une femme, pure comme un camélia blanc, qui renonce à son amour pour Armand, en se sacrifiant sur l’autel de la famille. Le père d’Armand est venu la supplier de rompre avec son fils, car la liaison entretenue met en péril le mariage de Blanche, la sœur du jeune homme. « La famille de l’homme qui doit devenir mon gendre a appris comment Armand vit à Paris et m’a déclaré reprendre sa parole si Armand continuait cette vie. »

Et Armand dans tout cela ?

Un homme amoureux qui passe « trois heures à sa toilette », avant de se rendre chez sa maîtresse. Et qui tente de sauver Marguerite, en lui imposant « un régime hygiénique », basé sur une alimentation saine et un « sommeil régulier », dans une campagne réparatrice.

La dame aux camélias, en bref

Cette dame aux camélias est une femme « blanche », « royalement belle ». Une femme, qui a longtemps vécu de ses charmes et dépensé l’argent sans compter. Une femme qui, en rencontrant l’amour vrai, décide de changer de vie, mais qui est rattrapé par son tumultueux passé.

Quand un parfum de cocotte se transforme en un parfum doux et pur, ne cherchez pas… c’est que vous êtes en train de lire La dame aux camélias !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dumas fils, La dame aux camélias, Folio classique, Gallimard, 2021, 369 pages