Nos regards
Chez Donna Leon, le monde est binaire !

> 03 novembre 2018

Chez Donna Leon, le monde est binaire !

Chez Donna Leon, pas de surprise, on pense « bien », on pense « juste »... Les personnages ont peu d’épaisseur psychologique (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/chez-donna-leon-la-cantatrice-n-est-pas-chauve-567/). Donna Leon prend son temps, elle flâne dans les marchés, se préoccupe de ce que l’on va manger ce soir, longe les canaux, profite d’un rayon de soleil à une terrasse de café, ronchonne en voyant la pluie qui tombe serrée... Puis, tout à coup, elle s’impatiente et nous livre le nom du coupable... Ce n’est pas grave. Ce que l’on aime avec elle, ce n’est pas l’intrigue, ni les personnages, c’est l’ambiance vénitienne... Et là, dans ce domaine, elle est sans rivale !

Chez Donna Leon, le monde est binaire.

Il y a celles qui se protègent du soleil et qui évitent ainsi tous les désagréments liés aux expositions UV. C’est le cas de la comtesse Lando-Continui, qui, malgré son âge avancé, possède des « mains fuselées et dénuées de la moindre tache de vieillesse. ». Il y a ceux qui abusent du soleil et qui arborent sur leur face une empreinte très reconnaissable. C’est le cas de Lolo, « un homme d’une cinquantaine d’années, aux joues creuses, élancé et musclé, et les yeux entourés de petites rides dues à un excès de soleil [...] ». C’est le cas également de la signora degli Sepecchi au « teint éternellement bronzé, commun aux gens qui passent la plupart du temps en plein air », une femme qui ne manquera pas de passer un jour à la caisse pour payer la facture induite par les ultra-violets. « Le code-barres » qui ride ses lèvres donne une idée de la somme à payer !

Il y a celles qui se fardent à la perfection, par petites touches, avec discernement. C’est le cas de Claudia Griffoni et de son maquillage « discret » : « juste un trait d’eyeliner et un rouge à lèvres rose pâle ». Il y a celles aussi qui gâchent leur maquillage. La teinte était pourtant bien choisie, mais l’application manque vraiment terriblement de doigté. Non, la signora Magello-Ronchi n’a vraiment pas de chien ; elle est pourtant maquillée comme... un chien. Elle « avait appliqué une couche de maquillage couleur chair sur son visage, mais qu’elle n’avait pas réussi à étaler uniformément sous le menton, si bien que la ligne de démarcation du fond de teint créait un changement de couleur aussi net que sur le pelage d’un jack-russel. »

Il y a, bien sûr, toujours la charmante Elettra qui fouille dans les ordinateurs avec discrétion, sans laisser de « sillage de parfum » à sa suite et qui harmonise sa chevelure avec les teintes des saisons. L’automne s’accorde, par exemple, tout naturellement aux reflets roux !

Il y a un témoin capital, Cavanis, un vieil alcoolique, dont la peau ne vaut pas chère. Peu de cosmétiques dans sa salle de bains, si ce n’est un « pain de savon de Marseille » dont il semble peu friand, « une brosse à dents, avec des poils mis à rude épreuve de tous côtés et un tube dentifrice qui avait été pressé si fort que Brunetti n’aurait pas été étonné de l’entendre pleurer. »

Il y a évidemment, Brunetti, Paola, Raffi et Chiara. Ces deux derniers « sensibilisés aux questions d’écologie » tambourinent « violemment à la porte de la salle de bains dès qu’il (précisons qu’il s’agit de leur père) restait plus d’une minute sous sa douche. »

Il y a enfin des verres de vin blanc, de whisky, de grappa, du pecorino affumicato, des gâteaux qui nous tendent les bras, la ciambella con zucca e uvetta et la torta della provvidenza, « un saladier rempli de paccheri con tonno », des assiettes de « polpette », des poissons de la lagune, des légumes pour faire glisser le tout... Chez Donna Leon, il n’est pas question de faire régime et c’est tant mieux !






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