Brume True filter, une very false bonne idée !
Oui, le titre peut choquer tous ceux que les anglicismes à outrance mettent en colère. Pourtant pour désigner cette brume True Filter, dégoulinante de bonnes intentions, il ne nous est pas venu une autre expression à l’esprit que la notion de « fausse bonne idée » !
Vous aviez adoré (ou pas) l’histoire de la marque Respire, dont la fondatrice établissait un lien de cause à effet entre le développement d’une tumeur et un déodorant renfermant des substances jugées nocives,1 et qui, pourtant, dans le même temps, mettait sur le marché un déodorant de composition très analogue à celle des produits de la concurrence,2 vous allez adorer (ou pas) l’histoire de Substance of light et de sa fondatrice, Clara Nentille, qui établit un lien de cause à effet entre la survenue d’un cancer cutané et l’utilisation de produits solaires de piètre qualité présents sur le marché.3 Tout cela est d’autant plus étonnant qu’elle propose une formule de produit solaire de composition très analogue à celle des produits de la concurrence. Les « limites des protections solaires traditionnelles » sont pointées du doigt. Une solution de remplacement, non traditionnelle (???), est proposée… celle-ci a pour nom : brume protectrice True Filter !
Pour faire la part des choses entre le vrai et le faux… on prend le temps d’en discuter !
Un cas personnel et un constat : il n’existe pas de bons produits solaires sur le marché !
De plus en plus souvent, les créateurs de gammes cosmétiques ont tendance à partir de leur cas particulier, afin de justifier le projet de lancement d’un nième cosmétique.
C’est le cas ici avec une fondatrice qui, suite à la maladie de son père (celui-ci a développé un « cancer de la peau »), met, semble-t-il, les pieds dans le plat en indiquant tout de go qu’il n’existe pas de bonnes « protections solaires traditionnelles » !
Et qui, formée pour la finance… décide de mettre sur le marché des produits solaires « performants, sensoriels et sûrs » ! Logique !
Etonnante, cette mise en bouche, lorsque l’on connait le panorama du solaire qui s’offre aux consommateurs avec des produits cosmétiques (comme l’excellente gamme solaire A-Derma)4 ou des dispositifs médicaux comme l’emblématique Actinica lotion !5
Une protection quotidienne… et une de plus
La fondatrice de la marque semble ignorer l’histoire des produits solaires. Elle semble oublier que, depuis les années 1990, les industriels n’ont de cesse de mettre sur le marché des produits du quotidien (produits de soin et de maquillage) affichant ou non un SPF, revendiquant toujours un effet anti-âge et parfois un effet antipollution. Y a qu’à se baisser…
Une protection quotidienne pour l’intérieur, pour l’extérieur
Devant un écran (attention à la lumière bleue), dans la rue (attention aux UV, à la lumière bleue, aux particules polluantes), la brume est présentée comme l’allié idéal pour se prémunir des maladies (retournez au premier paragraphe pour vous en convaincre) et des signes de l’âge !
Sur le site de la marque, on nous dit que cette protection de SPF 25 « est presque équivalente à un SPF 50 ». C’est vous dire l’originalité du concept !
On nous dit aussi que cette brume peut tout à fait se superposer sur un produit de maquillage affichant un SPF. Avec ajout d’une phrase qui reste pour nous un mystère : « De plus, l’absorption du SPF dans les produits cosmétiques peut être moins efficace comparée à celle d’un écran solaire traditionnel » !
Si l’on n’a pas très bien compris le sens de la phrase, on notera toutefois l’emploi du terme « écran solaire » un terme que l’on n’emploie plus depuis la recommandation de 2006.
Une formule… de crème solaire !
Bon… là on n’est pas dépaysé !
Dans cette formule, on retrouve, en effet, 5 filtres UV (des filtres qui figurent dans l’Annexe VI du Règlement (CE) N°1223/2009 modifié) qui nous sont présentés comme la crème de la crème, sûrs, efficaces, non polluants !
On retrouve également des actifs associés à savoir le niacinamide, un actif anti-pollution, apaisant,6 de l’acerola riche en vitamine C (toutefois la faible quantité d’extrait présent ici ne permettra pas d’atteindre de hautes teneurs en vitamine C dans le produit fini),7 de la vitamine E, antioxydante, un extrait d’arbre aux papillons (Buddleja Officinalis Flower Extract) – celui-là même retrouvé dans les solaires Respire ou Praïa – connu pour ses propriétés apaisantes,8 et de l’aloe vera dont on ne vante plus les mérites !9
Des ingrédients sélectionnés avec soin pour complaire à l’application Yuka ! Pourtant, on ne manquera pas de remarquer que l’excipient est principalement (et assez logiquement puisqu’il s’agit d’une brume !) une solution hydro-alcoolique. Et là, on se souviendra que l’alcool est un promoteur de pénétration, connu et reconnu…
Quid de la sécurité d’emploi des filtres UV ?
Les filtres UV sont des ingrédients actifs qui ne sont absolument pas comparables aux autres actifs cosmétiques.10 Rien à voir en matière de profil toxicologique entre un filtre UV et un agent émollient, un actif apaisant, un colorant à caractère couvrant…
La vie d’un filtre UV commence toujours dans les cris de joie. L’on dispose d’un nouveau filtre UV. Hourra… Ce filtre rejoint l’Annexe VI du Règlement (CE) N°1223/2009… il est utilisé pendant x années en toute sécurité… jusqu’à ce que l’on se pose des questions concernant son innocuité.
C’est ainsi que la vie du filtre UV prend fin avec un avis du CSSC qui déclare que le filtre, qui était tip top jusque-là, n’est plus si tip… ni même si top et qu’il ne doit plus être utilisé largua manu, ni même utilisé tout court. La vie du filtre UV en question se termine donc dans les cris, les larmes, car on se dit qu’on s’est tartiné de cet ingrédient pendant 20 ans en toute confiance.
Comme exemple emblématique, on citera le cas de l’homosalate, pour lequel une révision de la concentration limite d’emploi semble indiquée, le CSSC considérant ce filtre comme sûr pour une dose limite de 0,5 %,11 alors que, pendant très longtemps, elle a été de 20 fois supérieure !
On pourrait citer aussi le cas des benzophénones, de l’octocrylène, ou l’éthylhexylméthoxycinnamate, présentés, dans nombre de publications, comme des ingrédients peu sûrs, du fait de leur impact sur différents organes ou systèmes.12-14
En bref, un filtre UV n’est sûr pour l’Homme, n’est considéré comme non polluant que durant un petit nombre d’années. Une fois un certain délai écoulé, les regards deviennent plus lourds et les critiques commencent à pleuvoir !
Il est donc extrêmement hasardeux d’évoquer le fait que l’on a formulé un produit efficace, tellement inoffensif qu’il est possible de l’utiliser au quotidien, à haute dose, et de disséminer ainsi dans la nature des quantités colossales de cette catégorie d’ingrédients.
Brume True filter, en bref
Essayer de faire croire au consommateur qu’il doit utiliser un produit solaire même à l’intérieur relève de la pure inconscience.
Il n’est pas possible, il n’est pas sain, il n’est pas raisonnable de pousser le consommateur à utiliser une brume solaire qui ne laisse sur la peau qu’un très mince film de produit si ce consommateur est une personne à risque en matière de survenue de cancers cutanés non mélanocytaires. Dans ce cas, cette personne doit utiliser une crème solaire de très haut indice et sûrement pas sous forme de brume.
Il n’est pas possible, il n’est pas sain, il n’est pas raisonnable de considérer notre planète comme une vaste déchetterie où l’on peut, déverser toutes sortes d’ingrédients, car l’on sait que ce l’on y met nous revient en boomerang et se retrouve, par conséquent, dans tous nos liquides biologiques.
Alors, oui, il y a des limites à la consommation à outrance et ces limites doivent être respectées sous peine de franchir, un jour (qui ne peut-être pas si loin) la ligne rouge !
Bibliographie
2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-deodorant-respire-ne-manque-pas-d-air-874/
3 https://www.substanceoflight.com/pages/a-propos
4 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/a-derma-l-indeboulonnable-gamme-solaire-2928/
6 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-vitamine-b3-que-du-bonheur-cosmetique-1734/
9 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/aloe-vera-c-est-trop-beau-pour-etre-vrai-422/
10 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-filtres-uv-comme-peau-de-chagrin-3040/
11 https://health.ec.europa.eu/document/download/ddf0b68f-5c47-4ace-a87f-0a0e42ebd4a9_en
12 Wnuk W, Michalska K, Krupa A, Pawlak K. Benzophenone-3, a chemical UV-filter in cosmetics: is it really safe for children and pregnant women? Postepy Dermatol Alergol. 2022 Feb;39(1):26-33
13 Breakell T, Kowalski I, Foerster Y, Kramer R, Erdmann M, Berking C, Heppt MV. Ultraviolet Filters: Dissecting Current Facts and Myths. J Clin Med. 2024 May 19;13(10):2986
14 Lorigo M, Mariana M, Cairrao E. Photoprotection of ultraviolet-B filters: Updated review of endocrine disrupting properties. Steroids. 2018 Mar;131:46-58
Composition
Brume True filter : Aqua (Water), Alcohol Denat.*, Diisopropyl Sebacate, Dicaprylyl Carbonate, Ethylhexyl Triazone, Terephthalylidene Dicamphor Sulfonic Acid, Arginine, Triethyl Citrate, Bis-Ethylhexyloxyphenol Methoxyphenyl Triazine, Diethylamino Hydroxybenzoyl Hexyl Benzoate, Phenylbenzimidazole Sulfonic Acid, Oryza Sativa (Rice) Bran Oil, Glycerin, Niacinamide, Parfum (Fragrance)**, Propanediol, Potassium Sorbate, Aloe Barbadensis Leaf Extract, Tocopheryl Acetate, Malpighia Glabra (Acerola) Fruit Extract, Tocopherol, Buddleja Officinalis Flower Extract, Lycopene, Xanthophyll.

