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Bonne résolution pour 2018 : le « Oil pulling », on oublie !

> 12 janvier 2018

Bonne résolution pour 2018 : le « Oil pulling », on oublie ! Depuis quelques années, les propositions concernant des pratiques cosmétiques originales se multiplient. Les stars et les bobos, avides de nouveauté, se font les ambassadeurs de ces techniques étonnantes (http://www.femina.ch/societe/sante/j-ai-teste-oil-pulling-rincage-de-bouche-ayurvedique-huile-gwyneth-paltrow).

La méthode qui consiste à se laver les dents à l’aide de corps gras (décidément les huiles sont parées de toutes les vertus dans cet univers cosmétique hors norme) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-huiles-bio-pour-la-vinaigrette-mais-pas-pour-la-bronzette-141/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/l-huile-d-olive-pour-la-vinaigrette-pas-pour-mettre-sur-la-tete-284/) a attiré notre attention, au point de vouloir en savoir davantage...

La technique du « oil pulling » (Kavala Gandoosha ou Kavala Graha) est une thérapie ancestrale qui relève de la médecine ayurvédique. On en trouve trace dans un des traités fondateurs de celle-ci, le charakasamhita. Cet ouvrage indique qu’une trentaine de pathologies peuvent être guéries ou prévenues grâce à cette mesure d’hygiène simple ; maux de tête, thromboses, eczéma, troubles intestinaux, diabète et asthme peuvent être combattus par ce moyen. Dans les années 1990, cette technique est mise à l’honneur en Russie, par le Dr Karach, qui s’approprie le concept et se propose de détoxifier l’organisme, grâce à la « Karachthérapie ». Les huiles de coco, de maïs, de son de riz, de palme, de sésame, de tournesol, de soja, mais également le lait ou l’eau extraite de groseilles à maquereau ou de mangues sont préconisés... L’huile de coco est, toutefois, l’huile de prédilection des fans de l’ayurveda, même s’il existe peu de différences en fonction de l’huile utilisée (Sheikh FS, Iyer RR., The effect of oil pulling with rice bran oil, sesame oil, and chlorhexidine mouth rinsing on halitosis among pregnant women: A comparative interventional study. Indian J Dent Res., 2016, 27 (5) 508-512).

L’huile de coco est composée majoritairement d’acides gras saturés et tout spécialement d’acide laurique, un acide gras présenté comme possédant des propriétés antibactériennes et antifongiques assez remarquables. Ces propriétés s’exerceraient, par exemple, sur des germes tels que Escherichia vulneris, Enterobacter spp., Helicobacter pylori, Staphylococcus aureus, Streptococcus mutans, Candida spp. (C. albicans, C. glabrata, C. tropicalis, C. parapsilosis, C. stellatoidea et C. krusei). Certains auteurs évoquent également la formation de savon au niveau de la cavité buccale par réaction entre l’acide laurique et des molécules comme la soude ou le bicarbonate de sodium, présentes au niveau salivaire. Le savon ainsi généré permet un auto-nettoyage efficace ! (Vagish Kumar L. Shanbhag, Oil pulling for maintaining oral hygiene – A review. Journal of Traditional and Complementary Medicine, 7, 1, 2017, 106-109).

Une étude réalisée sur 40 étudiants a mis en évidence les propriétés intéressantes de l’huile de coco en ce qui concerne la prévention de la formation de la plaque dentaire. Le protocole est simple : il s’agit de prélever « de l’huile de coco dans une cuillère à soupe et d’en emplir la bouche afin qu’elle soit à moitié pleine puis on sirote, on aspire, on tire le liquide à travers les dents. » Ce nettoyage est réalisé « menton relevé, yeux fermés ». Le liquide doit se mouvoir dans la bouche, de gauche à droite, de l'avant vers l'arrière, pendant environ 10 minutes ou jusqu'à ce que les sujets ressentent une sensation de plénitude dans la bouche. Il faudra éviter d’avaler le liquide, ce qui nécessite de rester concentré pendant toute la durée de la procédure. L’évaluation de la quantité de plaque dentaire se fait de manière visuelle, selon le score établi par Turesky-Gilmore-Glickman et modifié par Quigley-Hein. Des différences significatives sont observées selon le groupe concerné (groupe contrôle utilisant de l’eau, groupe témoin utilisant de l’huile de coco) (Nagilla J, Kulkarni S, Madupu PR, Doshi D, Bandari SR, Srilatha A, Comparative Evaluation of Antiplaque Efficacy of Coconut Oil Pulling and a Placebo, Among Dental College Students: A Randomized Controlled Trial. J Clin Diagn Res, 2017, 11 (9), ZC08-ZC11).

Une autre étude incluant 3 groupes (eau, chlorhexidine 0,2% et huile de sésame) avec rinçage pendant 15 minutes ne montre pas de différence significative entre l’huile de sésame et la chlorhexidine ; une réduction de l’halitose est également observée avec le placébo composé d’eau (Sood P, Devi M A, Narang R, V S, Makkar DK, Comparative efficacy of oil pulling and chlorhexidine on oral malodor: a randomized controlled trial. J Clin Diagn Res, 2014, 8 (11), ZC18-ZC21).

N’oublions pas une étude plus réaliste qui compare les effets obtenus avec 10 mL d’huile de coco (pendant 10 minutes) et ceux observés avec 5 mL d’une solution anti-plaque à base de chlorhexidine (pendant 5 minutes). On n’observe pas de différence significative quant au développement de S. mutans dans la salive pour les deux groupes testés (Kaushik M, Reddy P, Sharma R, Udameshi P, Mehra N, Marwaha A., The Effect of Coconut Oil pulling on Streptococcus mutans Count in Saliva in Comparison with Chlorhexidine Mouthwash. J Contemp Dent Pract. 2016, 1, 17 (1) 38-41). Ceci revient à reconnaître la supériorité de la solution anti-plaque, efficace à moindre quantité et sur un temps deux fois plus court.

Rappelons enfin que des cas de pneumonie lipidique liée à l’utilisation de cette technique de nettoyage originale sont répertoriés (Kuroyama M, Kagawa H3, Kitada S, Maekura R, Mori M, Hirano H., Exogenous lipoid pneumonia caused by repeated sesame oil pulling: a report of two cases., BMC Pulm Med. 2015, 30, 15, 135).

Si la plupart des publications chantent les louanges du « oil pulling » (les études sont réalisées sur de très courtes périodes), il est utile de souligner que cette technique astreignante (il faut faire circuler l’huile dans la bouche pendant un temps minimum de 10 minutes) semble aussi efficace qu’une technique dont la mise en œuvre est beaucoup plus simple (rinçage de la bouche à l’aide d’une solution à base de chlorhexidine pendant 30 secondes) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/que-vaut-la-copie-par-rapport-a-l-original-eludril-et-eludril-care-sur-la-sellette-366/). Lorsque l’on sait que pour certaines personnes, les 3 minutes de brossage quotidien paraissent une éternité, on doute qu’elles puissent respecter un temps cinq fois plus long !

Quid de la protection vis-à-vis des caries ? On connait parfaitement le rôle du fluor dans la prévention des caries (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-fluor-comment-ca-marche-406/) ; toutes les méthodes de nettoyage sans cet actif sont donc à exclure !

Arrêtons les salades avec ces corps gras parés de toutes les vertus et faisons confiance aux industries cosmétique et pharmaceutique qui formulent des dentifrices fluorés de qualité !






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