Body painting, l’art au service de la santé !
Si des peintres tels que Léonard de Vinci ou Michel-Ange ont dû, en leur temps, entreprendre des études d’anatomie afin de représenter de manière la plus réaliste possible les corps mis en scène,1,2 on constate, depuis maintenant plus de 25 ans, que l’art pictural peut venir au secours de l’anatomiste en herbe. Cette fois-ci la couleur n’est plus étalée sur un mur ou une toile, mais posée directement à la surface de la peau, afin d’y représenter, de manière visible, des structures cachées.
Il ne faut pas croire pour autant que l’on a inventé l’anatomie vivante, puisque celle-ci existe depuis le XVIIIe siècle, avec, entre autres, le recours à des modèles en mouvement, afin d’étudier le fonctionnement des muscles ;3 non, on n’a pas inventé l’anatomie vivante, mais on l’a colorisé ! Tels ces vieux films en noir et blanc qui bénéficient de la technique de colorisation, la discipline qu’est l’anatomie et qui, dans l’esprit du plus grand nombre, se pare, le plus souvent, de couleurs cadavériques, est désormais susceptible de faire éclater les couleurs les plus vives !
Pour s’en persuader il suffit de faire un petit tour dans la littérature scientifique…
Des publics très variés, des fonctions très variées
La peinture corporelle est utilisée depuis des millénaires à des fins cérémonielles. A l’heure actuelle, la danse du tigre (Hulivesha) est toujours pratiquée à Mangalore, en Inde. Les danseurs, qui pratiquent cette danse pendant trois jours consécutifs, ont la peau recouverte de peinture acrylique… ce qui n’est, bien évidemment, pas très sain, comme en témoignent les analyses sanguines réalisées.4
Ce type de peinture se retrouve également, à l’heure actuelle, dans le cadre d’animations à des fins publicitaires, dans la droite ligne de ce qui avait été imaginé par Max Factor, le créateur des cosmétiques éponymes, pour l’exposition universelle de Chicago en 1933.5 Une femme nue au corps peint… une enseigne bien particulière pour un industriel fort audacieux !
La peinture corporelle à usage pédagogique
L’utilisation de peinture corporelle dans le cadre de l’apprentissage de l’anatomie fait l’objet d’expériences depuis les années 1990. L’un des premiers à avoir utilisé le corps humain à la manière d’une planche anatomique, en révélant, à l’aide de peinture, les structures sous-jacentes se nomme Cody.6 Il a fallu attendre ensuite 4 années pour que cette idée soit exploitée du point de vue pédagogique. L’un des promoteurs de cette discipline, à mi-chemin entre art et science, est l’équipe du Professeur Akker de la Faculté de médecine d’Utrecht aux Pays-Bas ; l’expérience a été réalisée en 1999, sous la forme de cours d’anatomie vivante, avec l’aide d’un professionnel du maquillage corporel. Chaque étudiant est ainsi devenu à tour de rôle artiste ou modèle. Selon les cas, les étudiantes ont conservé ou non leur soutien-gorge durant ces séances.7 Cet aspect concernant le déshabillage des étudiants est, en effet, un caractère limitant à prendre en compte.8
Il semble bien que cette activité de body painting soit particulièrement intéressante d’un point de vue pédagogique et nettement plus appréciée que les séances réalisées avec des cadavres. L’utilisation de couleurs vives,9 l’aspect ludique10 de l’activité sont présentés comme susceptibles d’améliorer la mémorisation des éléments d’une discipline jugée, jusque-là, plutôt ardue. Trois sens sont mis à profit durant ces cours ; les étudiants visualisent les organes représentés sur la peau de leurs camarades (« la vue »), peignent ces organes (« le toucher »), lisent à haute voix les instructions qui leur sont données, afin de placer l’organe en question au bon endroit (« l’ouïe »).11 Toutefois, même si cette technique est qualifiée de « géniale » par les étudiants qui la pratiquent, il faut du temps pour arriver à visualiser toutes les structures visées (nerfs, vaisseaux, muscles, organes)12 et il n’y a pas forcément de gain d’efficacité en matière de mémorisation de la place des structures anatomiques si l’on se fie à certaines évaluations réalisées. En tout cas, pour un tiers des étudiants sondés, cette manière d’apprendre est jugée « amusante », « divertissante », mais pas forcément « utile » à 100 % !14 Un bon complément aux cours d’anatomie pour les deux tiers restants,15 en précisant bien que cette discipline peut nécessiter le recours à des maquilleurs professionnels,16 pour une efficacité optimale.
A noter que ce qui se fait en anatomie humaine peut se faire aussi en anatomie vétérinaire.17,18
Les produits utilisés
Dans la littérature scientifique, on ne trouve que peu d’informations concernant les produits utilisés. Certains auteurs n’abordent même pas la question. D’autres se contentent de parler de « peintures corporelles non toxiques » !19,20 D’autres encore, précisent le nom et la marque des colorants alimentaires utilisés. Enfin, certains auteurs mentionnent le fait que des marqueurs pour tableaux blancs sont utilisés pour délimiter précisément les muscles, os, repères osseux, organes, vaisseaux sanguins et nerfs, avant de passer à l’étape de peinture et d’ombrage.21 Pas vraiment la bonne idée.
Body painting, en bref
On connaît le body painting artistique, marketing… on découvre le body painting académique. Une discipline qui ne se retrouve pas dans toutes les facultés de médecine, qui présente des avantages et des inconvénients et qui mérite d’être approfondie d’un point de vue cosmétique. Que se mettent donc les étudiants sur la peau ? Des produits détournés de leur usage ou bien des produits réellement adaptés ?
Bibliographie
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2 Akhtar JR, O’Connor EK, Chung KC. Parallel Advancements in Art and Anatomy. Ann Plast Surg. 2025 Nov 1;95(5):485-489
3 Asad MR, Al Mutairi A, AlZahrani RE, Ahmed MM, Nazeer M, Taha M. Role of Living Anatomy in Medical Education: A Narrative Review. J Pharm Bioallied Sci. 2023 Jul;15(Suppl 2):S843-S845
4 Pai V, Prabhu HS, Khalekhan F, Mathai RT, Shivashankara AR, Jakribettu RP, Bala N, Simon P, Baliga MS. Audit of toxic effects of body paint in the tiger dancers (Hulivesha) of Mangalore, India: an investigational study. Cutan Ocul Toxicol. 2019 Jun;38(2):118-124
5 Boggio RF. Dynamic Model of Applied Facial Anatomy with Emphasis on Teaching of Botulinum Toxin A. Plast Reconstr Surg Glob Open. 2017 Nov 20;5(11):e1525
6 Bergman EM, Sieben JM, Smailbegovic I, de Bruin AB, Scherpbier AJ, van der Vleuten CP. Constructive, collaborative, contextual, and self-directed learning in surface anatomy education. Anat Sci Educ. 2013 Mar-Apr;6(2):114-24
7 Op Den Akker JW, Bohnen A, Oudegeest WJ, Hillen B. Giving color to a new curriculum: bodypaint as a tool in medical education. Clin Anat. 2002 Aug;15(5):356-62
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9 Finn GM, McLachlan JC. A qualitative study of student responses to body painting. Anat Sci Educ. 2010 Jan-Feb;3(1):33-8
10 Finn GM, White PM, Abdelbagi I. The impact of color and role on retention of knowledge: a body-painting study within undergraduate medicine. Anat Sci Educ. 2011 Nov-Dec;4(6):311-7
11 Finn GM. Current perspectives on the role of body painting in medical education. Adv Med Educ Pract. 2018 Sep 25;9:701-706.
12 Nanjundaiah K, Chowdapurkar S. Body-painting: a tool which can be used to teach surface anatomy. J Clin Diagn Res. 2012 Oct;6(8):1405-8
13 Chytas D, Piagkou M, Johnson EO. How Effective is Body Painting as an Anatomy Education Method in Comparison with Three-Dimensional Visualization? Anat Sci Educ. 2020 Jul;13(4):540-541
14 Jariyapong P, Punsawad C, Bunratsami S, Kongthong P. Body painting to promote self-active learning of hand anatomy for preclinical medical students. Med Educ Online. 2016 Mar 2;21:30833
15 Bilella A, Eppler E, Link K, Filgueira L. Body painting, ultrasound, clinical examination, and peer-teaching: A student-centered approach to enhance musculoskeletal anatomy learning. Anat Sci Educ. 2024 Jan-Feb;17(1):157-172
16 Pradel R, Savoldelli C, Rios O, Kestemont P, Lerhe B. Facial Painting and 3D Stereophotogrammetric Analysis of Facial Dynamics: A Reliable Anatomical Educational Method. J Clin Med. 2024 Apr 16;13(8):2304
17 Tamayo-Arango LJ, Mejía-Durango MA. Body Painting of the Horse and Cow to Learn Surface Anatomy. J Vet Med Educ. 2020 Jul;47(4):395-401
18 Senos R, Ribeiro MS, Martins Kde S, Pereira LV, Mattos MF, Kfoury Júnior JR, Rodrigues MR. Acceptance of the bodypainting as supportive method to learn the surface locomotor apparatus anatomy of the horse. Folia Morphol (Warsz). 2015;74(4):503-7
19 McMenamin PG. Body painting as a tool in clinical anatomy teaching. Anat Sci Educ. 2008 Jul-Aug;1(4):139-44
20 Patra A, Asghar A, Chaudhary P, Ravi KS. Blending Conventional Learning Approach with Contemporary Visualization Technologies: Prerequisite Toward Evidence-Based Surface Anatomy. Med Sci Educ. 2024 Mar 8;34(3):705-713
21 Diaz CM. Beyond the Classroom: Inspiring Medical and Health Science Students to Learn Surface Anatomy. Med Sci Educ. 2022 Feb 21;32(2):361-370

