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Avec Nadia Payot et Marceline Sebalt - la naissance du métier d’esthéticienne

> 13 avril 2018

Avec Nadia Payot et Marceline Sebalt - la naissance du métier d’esthéticienne Nadia Payot est une femme qui sort de l’ordinaire mais qui, pourtant, présente un parcours assez analogue à celui des autres femmes de son temps. Ces femmes qui sont nées à la toute fin du XIXe siècle ou au début du XXe sont des femmes de tempérament qui sont bien décidées à réussir dans la vie et à laisser une marque indélébile dans l’histoire de la beauté. Enfilant les blouses blanches généralement destinées aux hommes, ces femmes, qui n’ont peur de rien et qui travaillent avec acharnement, vont poser les bases de la cosmétologie moderne et être à l’origine des premières écoles d’esthétique.

Après avoir obtenu son diplôme de médecine en 1913, Nadia Payot décide de se consacrer aux femmes, non pas en se plaçant à leur chevet lorsqu’elles sont malades, mais en ouvrant des instituts de beauté qui ont pour vocation de prendre en charge ces mêmes femmes et de les mener sur les chemins de la beauté. Nadia Payot se fait fort de leur faire franchir allègrement les années, à l’aide d’une gymnastique faciale à visée tonifiante. Le concept de la gymnastique faciale est inventé ; les cosmétiques qui permettent le « modelage aux 42 mouvements » étant mis au point, il ne reste plus qu’à enseigner tout cela à une armée de petites mains qui, consciencieusement, vont mettre la théorie en pratique. C’est ainsi qu’une école d’esthétique naît en 1947... Nadia Payot n’oublie jamais qu’elle est médecin et parle à sa cliente de « traitements scientifiques ». Elle est réceptive aux idées nouvelles et s’intéresse tout particulièrement aux crèmes nutritives qui sont présentées alors comme des préparations idéales tout spécialement destinées à nourrir « les peaux imparfaitement propres à sucer et pomper dans le sang leur substance alimentaire » (https://theconversation.com/des-cremes-qui-nourrissent-un-concept-a-boire-et-a-manger-76680). La crème Nutricia voit ainsi le jour (http://www.payot.com/FR/fr/marque/les-origines).

Ce parcours n’est pas sans rappeler celui de Marceline Sebalt, une jeune fille qui, à défaut d’être docteur en médecine, aime à suivre les leçons que les médecins lui prodiguent et qui s’engage comme infirmière, lors de la Grande Guerre. Amoureuse des plantes qu’elle récoltait dans le jardin familial afin de préparer des cosmétiques « qui font belle », elle va réaliser son rêve de petite fille, à l’âge adulte et incorporer des extraits végétaux dans les crèmes anti-rides, de la marque nommée Phébel, qu’elle concocte dans son laboratoire. Tout comme Nadia, Marceline croit dans les bienfaits du « massage-modelage » (on parlera par la suite exclusivement de modelage, pour bien faire la différence avec les massages pratiqués par les masseurs-kinésithérapeutes). L’épiderme est « soigné en profondeur, nourri en surface ». Afin de favoriser la pénétration des actifs, des « bains de rayons infra-rouges » sont pratiqués. « Un modelage approprié replace les muscles et le massage resserre les ligaments, touche les centres nerveux, décongestionne les vaisseaux sanguins. » Les modelages seront effectués par des « spécialistes averties » qui réalisent un acte « si doux, si léger que l'on serait en droit de douter de son efficacité s'il n'était donné d'en constater immédiatement les effets bienfaisants. » (L’Officiel de la mode n°175, 1936, pages 118-119) (http://patrimoine.editionsjalou.com/lofficiel-de-la-mode-recherche-13.html) Marceline Sebalt est fière de ses élèves dénommées par la presse « phébeliennes » ; ces fées de la beauté sont initiées au beau lors de visites à la Sainte-Chapelle ou au musée du Louvre ; elles mettent tout leur art en pratique lors de travaux dirigés sous l’œil avisé de la Patronne ! (C. Couteau, L. Coiffard, Beauté mon beau souci, Edilivre, 2015, 285 pages).

Les journalistes beauté vantent les mérites de Marceline Sebalt qui se dévoue dans ses écoles d’esthétique dès les années 1930 ; on peut donc penser que Marceline est l’une des pionnières de l’enseignement de l’esthétique.

L’esthéticienne est « comme un docteur en beauté » (http://www.guinot.com/lestheticienne-conseil/comme-un-docteur-en-beaute/) ; elle doit donc être formée avec soin pour reconnaître les différents types de peau et pour adapter au mieux la routine de soins en fonction des besoins spécifiques à chacun.

Pour conclure, nous laisserons la parole à Helena Rubinstein, une autre de ces femmes qui, bien que née au XIXe siècle, avait déjà en tête les idées et concept du XXIe siècle. « Avant moi il n’existait pas d’esthéticiennes, il n’existait pas de vrais instituts de beauté, il n’existait pas de produits de soin largement diffusés. » (Rubinstein H, Je suis esthéticienne, éditions du conquistador, 1957). Tout est dit... Inutile de chercher à savoir qui est à l’origine du métier d’esthéticienne et des écoles d’esthétique, c’est, bien entendu, celle qui l’affirme le plus péremptoirement !






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