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Avec les 16 types de peau du Dr Baumann, vers une dermatologie « personnalisée » !

> 14 janvier 2019

Avec les 16 types de peau du Dr Baumann, vers une dermatologie « personnalisée » !

L’adage selon lequel « Les oignons ont plusieurs peaux épaisses, l'hiver sera froid. » est bien connu. Si certains comptent les peaux protectrices qui recouvrent les oignons afin de pouvoir réaliser des prévisions météorologiques, d’autres répertorient les types de peau qui enveloppent l’organisme humain afin de pouvoir établir un diagnostic cutané et prodiguer les conseils cosmétiques les plus appropriés.

Pendant longtemps, les cosmétiques n’étaient pas du tout personnalisés, contrairement à une tendance actuelle. Il y avait bien des produits nettoyants, des produits émollients pour les mains, des produits éclaircissants pour le visage et le décolleté, des produits anti-rides, des produits de maquillage… mais ces produits devaient convenir à tout le monde sans exception.1,2,3 On ne se souciait pas encore de la notion de « type de peau ». Avec les moyens du bord, on concoctait des fards renfermant de la céruse et des pâtes à base de sel d’arsenic pour « faire tomber le poil » à la toxicité douteuse,4 des solutions pour assainir la peau, à la couleur changeante,5 des poudres pour éclaircir le teint ou recouvrir la chevelure parfois un peu « étouffantes » !6

Si les dermatoses sont connues et répertoriées (plus ou moins logiquement d’ailleurs, en fonction des époques) depuis l’Antiquité, la peau saine (où situer d’ailleurs les limites de ce que l’on qualifie de peau saine ?), quant à elle, ne fait l’objet que de très peu d’attention.

Il faut attendre le début du XXe siècle, pour que l’on commence à se soucier des caractéristiques cutanées spécifiques et à créer des catégories et sous-catégories. Différents termes sont alors employés. On parle de « peau grasse », « onctueuse au toucher, riche en enduits sébacés » et de peau sèche, « tout le contraire des peaux grasses ». Les peaux « extrêmement sensibles » ou « délicates » appelleront des soins spécialement adaptés. Les peaux « longues », « flasques, sujettes aux rides » qui donnent l’impression d’un vêtement trop grand s’opposent aux peaux « courtes »,7 tendues sur le visage, comme la peau d’un tambour. Le visage peut être « jeune et frais » ou bien ridé ; les rides, les « plus terribles ennemis de la beauté de la femme », sont « les stigmates apparents de la vieillesse et la décrépitude ».8

Si pour certains dermatologues, le cosmétique-roi est le savon et ce quel que soit le type de peau,9 d’autres commencent à réfléchir à des routines beauté adaptées. Les peaux sèches, « fines et sensibles à l’extrême », demanderont « un soin constant » ; les peaux grasses, « d’aspect luisant et huileux », considérées longtemps comme beaucoup moins fragiles et beaucoup moins sensibles aux signes visibles du vieillissement, donneront tout de même du fil à retordre à leur propriétaire étant donné qu’elles constituent « un terrain particulièrement favorables aux comédons, à l’acné, aux phlegmons. ».10 Les crèmes grasses ou nourrissantes conviennent parfaitement aux peaux sèches.11

Attendons encore quelques années et des esthéticiennes pleines de talent mettront leurs connaissances au service de leur clientèle, afin de diagnostiquer leur type de peau. Helena Rubinstein, une travailleuse acharnée (« toute ma vie j’ai travaillé jusqu’à 18 heures par jour ») collabore - nous dit-elle, en toute modestie - avec « les médecins les plus éminents », afin de mettre au point les formules convenant le mieux à chaque type de peau.12 Marceline Sebalt, de la même façon, personnalise les traitements mis en œuvre. Dans l’école d’esthétique qu’elle a créée, Marceline forme ses élèves (elle les appelle ses « phébéliennes », du fait qu’elles sont formées à l’utilisation des produits Phebel, la marque cosmétique née de son imagination) et met tout en œuvre pour en faire des professionnelles compétentes. « En créant les traitements par carnation et par âge, j’ai surtout voulu éviter les errements et permettre à mes phébéliennes de pouvoir orienter intelligemment une cliente qui se présente pour un achat rapide ». En quelques minutes, la phébélienne experte détermine « la complexion » (« blonde, châtain, brune, taches foncées, pigmentation exagérée, vitiligo, anomalies – disgrâces de la peau ») de sa cliente, interroge sur sa date de naissance, palpe et observe la peau, afin de classer celle-ci parmi les peaux sèches, les peaux grasses ou les « peaux mixtes » (« grasses par endroits, sèches par d’autres »).13 En croisant ces données et en faisant fonctionner ses petites cellules grises, l’esthéticienne peut alors conseiller le produit de choix.

Au XXIe siècle, on continue, bien sûr, à détailler les caractéristiques cutanées. La notion de peau « sensible ou réactive » est désormais parfaitement bien prise en compte. Elle est définie de la manière suivante : il s’agit d’une « peau qui réagit de manière exagérée (sensations de piqûres, de brûlures, de douleurs, prurit et sensation de fourmillement) à un certain nombre de stimuli qui, dans les conditions normales, ne devraient pas provoquer de telles sensations. Ces sensations désagréables ne peuvent pas être expliquées par des lésions attribuables à une quelconque dermatose. La peau peut sembler tout à fait normale ou bien être le siège d'un érythème. Ceci pourra être observé au niveau de l’ensemble du corps avec une prédilection toute particulière pour le visage. »14

A l’heure où le monde grouille d’une population toujours plus nombreuse, chaque individu cherche à se singulariser et à sortir de la masse, via les réseaux sociaux, par exemple. Le désir de se faire entendre/comprendre/aimer par ce moyen se conjugue à un besoin de se sentir différent. Plus question d’appliquer sur sa peau la même crème que sa voisine ou son voisin de palier. Il est important d’utiliser un soin personnalisé, un soin qui semble avoir été préparé spécialement à son intention. Les dermatologues créent des classifications, les sociétés cosmétiques mettent au point des formules…

La dermatologue Leslie Baumann a souhaité laisser son empreinte dans la classification des types de peau. Pour ce faire, elle a établi un questionnaire composé de 64 questions. A partir des réponses obtenues, elle a défini 16 types de peau différents. La peau sèche et la peau grasse (2 types de peau), constitue le socle de la pyramide. Au deuxième étage, on distinguera les peaux « pigmentées » des peaux « non pigmentées » (4 types de peau sont alors repérables : peau grasse pigmentée ; peau grasse non pigmentée ; peau sèche pigmentée ; peau sèche non pigmentée). Les étages supérieurs, nous emmènent vers la notion d’âge (peau ridée ou non ; peau ferme ou non) (8 types de peau). Au sommet de l’édifice, on passera à la pratique avec quelques tests cutanés permettant de déterminer la sensibilité cutanée (peau sensible ou résistante).15

Pourquoi s’arrêter si vite a-t-on envie de dire en considérant que le métissage est source de la création d’un grand nombre de sous-types ? En 2000, on répertoriait aux Etats-Unis 64 carnations différentes.16 Prenons également en compte le lieu de résidence afin d’évaluer les signes cutanés liés à la pollution, les habitudes alimentaires, l’hygiène de vie (pratique d’un sport, consommation de cigarettes…)…

Attention à ne pas nous noyer dans les classifications et restons pragmatiques. Une bonne connaissance des ingrédients cosmétiques est l’élément-clé qui permettra d’ouvrir les serrures des peaux les plus hermétiques.

Bibliographie

1 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/ovide-la-star-antique-du-relooking-355/

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/regime-cosmetique-aldebrandinesque-ou-lecons-pour-prendre-soin-de-soi-au-xiiie-siecle-516/

3 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/louise-bourgeois-avec-un-g-comme-gaiete-363/

4 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/guide-du-bourlingueur-par-montaigne-suivez-le-guide-852/

5 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-margot-reve-de-degrafer-son-corsage-553

6 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-poudre-pour-perruque-une-histoire-tiree-par-les-cheveux-866/

7 Villiers C., De la beauté chez la femme, Paris, 1910, 160 pages

8 Clarks G., Le nouveau bréviaire de la beauté, Paris, 1912, 192 pages

9 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/les-cosmetiques-des-produits-indispensables-au-service-du-patient-acneique-547/

10 Encyclopédie de la femme, Fernand Nathan, Paris, 1950, 298 pages

11 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/regard-sur-les-cosmetiques-oui-mais-en-1937-397/

12 Rubinstein H., Je suis esthéticienne, Editions du conquistador, 1957, 184 pages

13 Sebalt M., Devenez esthéticienne-hygiéniste pour les soins du visage, Peyronnet, Paris, 1960, 187 pages

14 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/eucerin-sait-tres-bien-parler-aux-rougeurs-cutanees-496/

15 Baumann L., Understanding and treating various skin types: the Bauman skin type indicator, Dermatol. Clin., 26, 2008, 359–373

16 Roberts WE., SkinTypeClassification Systems Old and New, Dermat. Clin., 27,4, 2009, 529-533

 

 

 






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