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Avec Baudelaire, fêtons la Saint-Valentin des cosmétiques

> 14 février 2019

Avec Baudelaire, fêtons la Saint-Valentin des cosmétiques

La Saint-Valentin est l’occasion pour chacun de fêter ceux que l'on aime. C’est donc l’occasion pour nous de fêter les cosmétiques, ces produits du quotidien qui ne sont futiles que pour les gens « graves sans vraie gravité ».

C’est Charles Baudelaire, le peintre de la vie moderne,1 qui va nous conduire, aujourd’hui, sur les chemins de la beauté. Cette beauté ne sera pas rencontrée dans la nature « qui n’enseigne rien, ou presque rien ». Elle se nichera, en revanche, dans les divers articles qui encombrent les salles de bain, houppettes, pinceaux, bâtons de rouge à lèvres, brossettes à mascara... Pour atteindre la beauté, suivons la mode, ce « symptôme du goût de l’idéal surnageant dans le cerveau humain au-dessus de tout ce que la vie naturelle y accumule de grossier, de terrestre et d’immonde ».

Charles Baudelaire nous intime l’ordre de paraître « magique et surnaturelle ». Il met à notre disposition tout un arsenal cosmétique pour devenir des idoles.

Pour illuminer le teint, pour « faire disparaitre [...] toutes les taches que la nature y a outrageusement semées », pour affiner le « grain » et unifier « la couleur de la peau », la poudre de riz, « anathémisée par les philosophes candides » sera appliquée sans état d’âme. Base de maquillage, sticks correcteurs, BB crèmes, fonds de teint, crèmes teintées, illuminateurs de teint, fixateurs de maquillage... rentreront dans la danse afin de créer une seconde peau, bien plus sublime que la première. Telle l’artiste qui se glisse dans son maillot, la femme se faufile dans son maquillage afin d’acquérir la beauté antique des statues grecques. Le blush qui « enflamme la pommette » apporte une touche de « passion mystérieuse » qui réveille le marbre de la peau et y imprime toute la chaleur de la vie.

Mascara, fard à paupière, eye-liner, de couleur noire, s’il vous plaît, formeront un véritable « cadre » qui donnera à l’œil « une apparence plus décidée de fenêtre ouverte sur l’infini ».

Pour les lèvres, liberté totale est laissée. Ne cherchons pas à « imiter la belle nature », mais puisons plutôt dans la palette du peintre, mélangeons les pigments, alternons les textures, afin de « subjuguer les cœurs et frapper les esprits ».

Ce maquillage, cette « peinture du visage », « n’a pas à se cacher, à éviter de se laisser deviner ; il peut, au contraire, s’étaler, sinon avec affectation, au moins avec une espèce de candeur ».

Pour être une femme selon les vœux de Charles Baudelaire, il convient de provoquer un « miroitement de toutes les grâces de la nature ». Le « mundus muliebris », représenté par les cosmétiques, constitue un moyen sûr de parvenir à l’«harmonie générale ».

Fêtons donc, aujourd’hui, les cosmétiques, toutes catégories confondues, pour leur pouvoir mystérieux et leur capacité à engendrer des moments de bonheur.

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui semble totalement d’accord avec Charles Baudelaire pour dire, qu’à défaut d’être dans le pré, l’amour est dans les cosmétiques !

Bibliographie

1 Baudelaire C. Eloge du maquillage, in Baudelaire critique d’art, club des libraires de France, Saverne, 1956, 230 pages






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