Aussi beaux que bons, des cosmétiques-aliments, on n’est pas couché !
L’Italienne Irène Dini nous a proposé en juin 2024 de passer à table avec elle, grâce à une publication pleine de saveurs.1 Pas la table de cuisine (pour tous les jours), ni la table de la salle à manger (pour les grandes occasions, les jours de fête), mais la table de toilette, celle qui est située dans les salles de bain de taille suffisamment importante pour pouvoir accueillir ce genre de mobilier. De la table où l’on mange afin d’être bien dans son corps, à la table où l’on change de peau en ayant recours à des cosmétiques variés, il existe un lien ténu… celui des ingrédients comestibles !
Fabriquer un cosmétique tellement sain que tout dans sa composition est comestible, l’emballer dans un conditionnement lui-même comestible, voilà le rêve qu’Irène a fait. Et pour une fois, elle n’a pas rêvé seule, car, ce rêve, certaines sociétés en ont fait une réalité…
Une réalité complexe, puisqu’un produit cosmétique n’est pas fait pour être ingéré, mais seulement appliqué sur la peau ou le cheveu. S’il est avalé, il devient de facto un aliment, un complément alimentaire, un médicament, suivant ses revendications !
Oui, mais si le cosmétique formulé à partir d’ingrédients consommables est appliqué sur la peau… on se retrouve face à un produit ultra-transformé, ayant l’aspect d’un cosmétique, mais la saveur d’un aliment !
Pas simple !
Les biopolymères épaississants, on se lève tous pour eux !
Pour nous mettre en appétit, Irène nous sert sur un plateau un certain nombre d’ingrédients épaississants, filmogènes, liants, hydratants, susceptibles de faire le grand écart entre domaine alimentaire et domaine cosmétique. La gomme xanthane (E415), la gomme guar (E412) la cellulose (E460) sont, ainsi, présentées comme des agents de texture ubiquitaires. Effectivement, ces additifs alimentaires sont retrouvés aussi bien dans des aliments que dans des cosmétiques.
Les amateurs de Danette risquent fort de rester assis, en constatant que le contenu de leur dessert préféré correspond à un ensemble d’ingrédients que l’on peut tout à fait retrouver dans un cosmétique. Du caramel à la gomme xanthane, en passant par l’acide citrique ou l’huile de tournesol… le lecteur assidu des listes INCI se retrouve comme chez lui, ici.2
Les capsules comestibles, attention aux confusions !
Ces capsules renferment la formule que l’on souhaite protéger. La capsule, à base de gélatine, d’amidon ou d’alcool polyvinylique (E1203), se dissout ou se disperse dans l’eau, libérant son contenu et donnant naissance au cosmétique voulu. Les « pods » de lessive, que l’on balance dans le tambour de la machine, ont résonné dans la tête de certains inventeurs qui se mettent à breveter des « pods » destinés à un usage alimentaire ou autre. Attention, toutefois, à la digestibilité du contenu… Bourré d’agents moussants, ces pods risquent fort de devenir des produits très dangereux.
Les poudres comestibles, attention à la composition
On connaît tous la grande popularité de la poudre de riz… une poudre de riz composée d’amidon de riz… amidon consommable. Irène se prend donc à rêver à une ombre à paupières, à un fard à joue qui se mangerait. Du moins, dont les résidus, qui n’ont pas tenus sur la peau, sont susceptibles d’être ingérés… restent les autres ingrédients de la formule… et là évidemment, ça risque fort de coincer.
Les baumes à lèvres comestibles, ça on connaît !
Logiquement, un baume à lèvres doit être comestible, puisqu’il finit sa vie le plus souvent dans l’estomac (pour une partie du moins). Irène dépasse largement ce concept, en nous proposant un stick à lèvres, emballé dans un conditionnement comestible, à base d’un mélange de corps gras (cire de carnauba, de candelilla, esters de jojoba, beurres végétaux…) ou d’amidon. Le problème c’est qu’une fois l’emballage consommé il reste le stick tout nu, sans conditionnement.
L’idéal… c’est en plus l’upcycling
Comme l’idée est de mettre au point des cosmétiques ou des emballages dont tous les composants pourraient, à la rigueur, être ingérés, l’upcycling est ici fortement recommandé.3 Valoriser des polysaccharides, des protéines, des lipides, des polyphénols issus de résidus alimentaires… le top !
Reste un problème à régler
Un problème réglementaire, puisqu’il reste encore un chemin entre le rêve (un cosmétique comestible emballé dans un emballage comestible) et la réalité. L’emballage constitue, en effet, un élément protecteur sur lequel l’on doit faire figurer un certain nombre de mentions légales peu digestes… des informations qui ne doivent pas être avalées à la première utilisation, mais rester consultables pendant toute la durée de vie du cosmétique.
Les cosmétiques comestibles, en bref
Des crèmes visage nutrition profonde (le terme nutrition prend ici toute sa valeur),4 des cosmétiques-maison à base des ingrédients du garde-manger,5 l’offre n’est pas très étendue pour l’instant. L’idée n’est pas forcément de consommer son cosmétique, mais bien plutôt d’appliquer, sur sa peau ou ses cheveux, un cosmétique renfermant le maximum d’ingrédients dont la sécurité est telle qu’on pourrait presque les avaler. De l’assiette à la serviette, il y a du chemin. Un chemin semé d’embuches, qu’il va valoir éviter soigneusement !
Bibliographie
1 Dini I. « Edible Beauty »: The Evolution of Environmentally Friendly Cosmetics and Packaging. Antioxidants (Basel). 2024 Jun 19;13(6):742
2 https://www.danone.be/fr/danette/produits/danette-flan-caramel
3 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/enseme-de-l-upcycling-tire-par-les-cheveux-2424/
5 https://www.veganmilker.com/fr/comment-faire-des-cosmetiques-comestibles-avec-des-pulpes/

