Nos regards
Athénaïs Mialaret ou le règne végétal

> 13 mai 2018

Athénaïs Mialaret ou le règne végétal Athénaïs Michelet, née Mialaret, est un drôle de personnage. On y reconnaît un peu de Sophie de Réan (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/deboires-cosmetiques-d-une-petite-coquette-au-pays-de-la-comtesse-de-segur-540/), une petite-fille élevée par une belle-mère autoritaire et un père pétri de bonté, un peu de Colette pour son amour du milieu végétal, un peu et même beaucoup de George Sand pour sa passion des parfums et pour le spleen qui lui colle très tôt à la peau (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/aurore-dupin-ou-la-beaute-au-naturel-507/), un peu de Marie N’Diaye pour sa propension à se prendre pour un oiseau (« Oiseau, je reviendrais au bois de quelque branche, et peut-être plus près, au toit de la maison ») (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/dans-l-odeur-suave-d-un-flamboyant-avec-marie-ndiaye-468/)... C’est dans une décoction végétale parfumée qu’Athénaïs trempe sa plume, afin de nous livrer ses souvenirs de jeunesse.

Ouvrir les « Mémoires d’une enfant », c’est laisser entrer la campagne parfumée dans la maison.

Athénaïs n’aime rien moins que « la soupe de nos fermières », qui dégage « le parfum de notre vie rustique ». A chacun sa madeleine, n’est-ce pas Monsieur Proust (http://theconversation.com/quand-marcel-proust-repond-a-notre-questionnaire-sur-les-cosmetiques-72937) ?

A la différence de Sophie de Réan, Athénaïs prend grand soin de sa poupée, une poupée qu’elle a confectionné elle-même, faute de pouvoir s’en voir offrir une. Afin de la fabriquer, elle s’est procuré un peu de son, qui ne lui sert pas à adoucir l’eau du bain (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/a-derma-un-bon-produit-de-protection-solaire-241/), mais qui constitue un matériau de choix pour bourrer l’intérieur de sa poupée. « Je pris un beau petit linge blanc, bien net et j’y plaçai une poignée de son, net aussi. »

Cette petite fille trouve plus d’amour dans le regard de sa nourrice « brune, belle, avec des yeux sombres », que dans les prunelles de sa mère. Le « regard ardent » de celle qui la nourrit d’une « sève particulière » sait trop bien lui dire combien elle est belle.

Est-elle vraiment belle, la petite Athénaïs ? On ne saurait le dire. Son père chéri lui-même n’est guère optimiste à ce sujet. « Ma princesse sera toujours laide, mais elle sera intelligente. » Athénaïs rejoint ainsi le club de ceux qui sont jugés, par leur entourage, en ce qui concerne leur physique, avec lucidité, une lucidité blessante. Stendhal a lui aussi entendu cette phrase terrible, alors qu’il n’était qu’un petit garçon : « Tu es laid, mais personne ne te reprochera jamais ta laideur. » (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/impressions-cosmetiques-de-henry-brulard-440/)

Son teint hâlé (« Fort amie du soleil, toujours brouillée avec mon chapeau de paille, l’été me dorait si vivement qu’il eût fallu à mon visage une toute autre couleur. ») comme celui de la fermière Marion (son « teint fortement bruni ») la distingue des autres membres de la fratrie qui prennent soin de conserver de « blanches mains ».

Athénaïs est une vraie petite sauvageonne qui passe plus de temps à l’extérieur qu’à l’intérieur. Elle est séduite par le parfum des fleurs... Le jardin de sa tante est un jardin de « fées ». Les fleurs y sont reines. Mais la reine des fleurs reste Athénaïs... Lis, roses, orangers et citronniers en fleurs donnent la fièvre à la fillette qui n’est pas habituée aux « senteurs douces et pénétrantes ». Celle-ci agit comme un fixateur de parfums. Les « odeurs se prenaient » à elle et pour accentuer le phénomène la petite fille serre bien fort les plis de sa robe « pour les conserver plus longtemps ». Les « fumées de l’encens », « l’air enfermé de l’église » agissent sur son organisme... et la voilà évanouie ! Rien ne vaut le marché de la Saint-Jean où se vendent « toutes les herbes et les plantes » qui « répandent sur la ville des senteurs légères, un peu amères, dans leur suavité. » Se balader dans les rues à ce moment revient à faire une véritable cure de santé !

Les fleurs d’Athénaïs ne sont pas celles de tout le monde. La petite véronique et son « bleu céleste » ouvre les portes du paradis, le polygala semble « en demi-deuil ». « Mais le vrai deuil était dans ces petites urnes que penche vers la terre le sombre Muscari, où le ciel semble avoir doublé la profondeur de son azur. Il attire et retient par sa pénétrante odeur de fruit, tenace autant qu’un souvenir. » Princesse Athénaïs utilise parfois un chardon pour lisser ses cheveux... mais le plus souvent, elle laisse le vent s’y engouffrer !

A la saison des foins, Athénaïs admire « ces herbes en fleurs, mortes déjà, mais encore souples et moelleuses » qui délivrent une partie de leur âme par la grâce de leur parfum.

Un peu plus tard dans la saison, « il pleut des fruits. »

Lorsque sa mère s’absente, les souris dansent. La maison prend un air de fête. On organise une dînette et l’on boit du café tous ensemble (« Nous recevions ce don pieusement et nous buvions à petites gorgées pour faire durer la jouissance. »)

Athénaïs est le vilain petit canard de la famille, un vilain petit canard qui trouve le plus souvent possible refuge auprès du père. Elle aime par-dessus tout ce père qui, en la « tenant par la main », lui parle et lui dit « le tempérament des plantes » qu’elle aime. Lorsque ce père adoré attentif à sa fille lui lâche la main... il est temps de grandir. L’enfance s’achève aujourd’hui !

Merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui a réuni, dans ce Regard, Athénaïs Michelet et Hélène Cadou, deux femmes du Règne végétal.






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