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Alphonse Allais, un partisan des cosmétiques conventionnels… comme nous, finalement !

> 29 juillet 2018

Alphonse Allais, un partisan des cosmétiques conventionnels… comme nous, finalement !

Charles-Alphonse Allais (1854-1905) est le fils d’un pharmacien installé à Honfleur, Charles-Auguste Allais. Avant de faire le pitre dans les journaux, Alphonse fut un jeune homme sérieux qui réalisait les préparations magistrales avec grand soin. C’est ainsi qu’on l’entendait énoncer à haute voix le nom de l’ingrédient utilisé, comme lui avait indiqué son père, afin d’éviter les erreurs de manipulation. C’est le nez sur le flacon de matière première ou en en prélevant une petite quantité pour la reconnaître sur un plan gustatif que le jeune Alphonse s’assurait de l’identité des ingrédients livrés.

Après une période d’apprentissage à Honfleur, Alphonse part pour la capitale pour réaliser ses études pharmaceutiques. Bon élève selon sa famille, élève moyen (au point de ne pas obtenir son diplôme) selon ses bulletins, Alphonse n’en réalise pas moins différents stages où son esprit caustique en irrite plus d’un. Il va acquérir des connaissances scientifiques qui transparaitront, plus tard, clairement dans un grand nombre de ses écrits. Visionnaire, il prévoit la guerre bactériologique dès 1885 et ironise sur son caractère économique. « Pourquoi utiliser la poudre sans fumée qui coûte un prix fou puisqu’on a le microbe pour rien ? » (Bonnemain H. À propos du centenaire d'Alphonse Allais, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1955, 144, 25-29). Alphonse Allais, plus lucide que ses parents, se définit comme « un étudiant gouapeur, flemmard et plaisantin, préférant aux savantes leçons de M. Jungfleish les terrasses ensoleillées de la rue de Médicis [...] » (Allais A. A la une… Choix de 43 contes, Le livre de Poche, 1966, 186 pages).

Là où Allais passe, la morosité trépasse... Son humour et son esprit inventif sont extrêmement contagieux comme en témoigne le successeur de Charles-Auguste. Celui-ci, un certain Paul Demarais, inventa « une potion magique, un remède contre le mal de mer qu’il baptisa « le Passocéan » ! (Chambrin M. Sur les pas de Paul Demarais et d'Alphonse Allais à Honfleur : Dominique Bougerie, Jean-Yves Loriot, « Paul Demarais. Alphonse Allais. La pharmacie du Passocéan et son petit musée », in Le Pays d'Auge, n° 5, 50e année, 2000, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 2002, 334, 341-342). Il rédigea également un très grand nombre de mémoires sur des sujets divers et variés, avant de se lancer dans la politique à coup de formules-choc (« En suçant trop la vache à lait, elle finit par rugir comme un lion. ») (Un pharmacien original candidat à la présidence de la République en 1939 : Patrice Boussel, Le dernier candidat sérieux à la présidence de la IIIe République, in Moniteur des pharmacies, 25 déc. 1965, Revue d'Histoire de la Pharmacie, 1966, 188, 74-75).

L’usage de cosmétiques ne résout pas tous les problèmes si l’on en croit une anecdote relatée par Alphonse Allais. Une vieille femme dont la couperose est « encore accentuée par le poudroiement bleuté d’une veloutine d’herboriste » réveille chez lui l’être primitif, une brute capable de tuer.

Mais revenons à notre sujet et écoutons Alphonse Allais nous expliquer la manière dont il pense utiliser certaines matières premières cosmétiques.

Huiles de tournesol, de ricin, d’olive... évoquent pour notre confrère un moyen d’éviter les tempêtes. « L’idée avait germé en moi, et j’en vins à me demander s’il ne serait pas possible, non seulement d’apaiser les tempêtes, mais de les prévenir en répandant dans tous les océans assez d’huile pour recouvrir la surface des flots de la très mince couche oléagineuse qui suffit à les rendre inoffensifs... » Pour obtenir une mer d’huile, quoi de plus raisonnable en effet que de verser de l’huile dans l’eau !

L’alcool ou éthanol, celui-là même dont nous regrettons la présence dans les cosmétiques, trouve un emploi original, grâce à son imagination fertile. Afin de rajeunir le Panthéon, il se propose de « remplacer les classiques sépultures par d’immenses bocaux en cristal remplis d’alcool, au sein desquels flotteraient, pour l’éternité glorieuse les corpses, comme disent si bien les Anglais, de nos grands hommes. »

L’eau glycérinée est envisagée, quant à elle, comme un moyen de dépoussiérer définitivement les routes. Mieux que « le goudronnage, le naphtage, le vernissage, l’oléo-margarinage, le stéarinage, le collodionage », l’eau glycérinée est la solution « apulviante » par excellence. Pour mémoire, « l’apulvie » est l’opération qui « non seulement débarrasse de leur poussière les routes, mais, mieux, les met en état de ne plus désormais engendrer de ces nuisants poudrois. »

Pour des œufs de qualité, ceux-là même que l’on pourra incorporer dans des shampooings, Alphonse Allais propose de fixer « à l’orifice postérieur » de chaque poule pondeuse un « appareil enregistreur, compteur et dateur. »

Concernant l’ensablage de la Loire, Alphonse Allais se propose de créer deux compartiments bien distincts. « Ainsi qu’aux bains publics, côté des hommes, côté des femmes, instaurons à la Loire côté sable côté de l’eau. Et vous m’en direz des nouvelles […] »

Gaultheria procumbens n’évoque pas pour Alphonse Allais un ingrédient cosmétique à bannir (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/l-huile-essentielle-de-gaultherie-un-ingredient-qui-n-a-rien-a-faire-dans-les-cosmetiques-79/), mais un arbre de « toute beauté » auquel s’enroule le serpent à l’origine de tous nos maux.

Ah, si Alphonse Allais avait rencontré Eugène Schueller que n’auraient-ils fait ensemble au bénéfice de la gente féminine. Car on le sait très bien c’est « la chimie moderne » qui est le mieux indiquée pour révéler la « flavescence » des belles blondes !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui illustre parfaitement ce qu'aurait pu être une collaboration Allais-Schueller...






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