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Ainsi vont les filles, il leur faut des vernis à ongles, des teintures capillaires et des nuages de poudre !

> 17 février 2019

Ainsi vont les filles, il leur faut des vernis à ongles, des teintures capillaires et des nuages de poudre !

« Ainsi vont les filles » n’est, en fait, pas du tout à la gloire des filles ; Sarah, la fille d’Ann Prentice, est une véritable peste.1 Alors que Sarah séjourne pour trois semaines en Suisse, Ann tombe amoureuse d’un certain Richard Cauldfield. Tout va bien, jusqu’au retour de Sarah. Et là, c’est l’enfer, car, si Sarah est jalouse de Richard, la réciproque est également vraie, ce qui ne facilite pas la vie quotidienne. Richard et Sarah ne peuvent pas se parler sans que cela ne tourne à la dispute et Ann se retranche invariablement derrière ses migraines. Finalement, c’est Sarah qui sort victorieuse du combat et Richard disparaît de la vie d’Ann ; amère victoire qui pèse sur la mère et la fille. En deux ans, la situation se détériore complètement. Ann ne supporte plus le sacrifice qu’elle a fait par amour et en vient à haïr sa propre fille. Lorsque Sarah s’interroge sur la possibilité d’épouser Lawrence Steene, débauché notoire qui en est à son Xème mariage, Ann est équivoque et laisse le choix à sa fille. Loin de s’opposer à ce mariage, cette dernière semble l’encourager… et le mariage se fait, ce qui plonge Sarah dans une vie effrénée où drogue et alcool deviennent de bons compagnons. Edith, la vieille domestique, qui aime à arborer une forêt de bigoudis sur sa tête, donne bien son avis, mais… Laura Whitstable essaie de les mettre en garde, mais… rien n’y fait. Heureusement, il y a Gerry, le premier amour de Sarah, qu’Ann a toujours considéré comme un raté. Celui-ci arrache la jeune fille à ce milieu perverti et l’entraîne au Canada. Une ultime rencontre entre la mère et la fille avant le départ permet de comprendre que le pardon est donné et accordé, des deux côtés.

Les cosmétiques sont au centre de ce roman. C’est, en effet, toujours à cause d’eux que les disputes éclatent.

Au début du roman, Ann est « une femme d’âge mûr » de quarante et un ans  (!!!) qui ne se maquille presque pas, mais fait tout de même l’admiration de sa fille qui la trouve « encore pas mal du tout » pour son âge. Son atout, c’est son grain de peau. Pourtant, Sarah émet des réserves en ce qui concerne ses sourcils. « Mais tu serais cent fois mieux si tu te faisais épiler les sourcils. » Pas question… Ann tient à ses sourcils comme à la prunelle de ses yeux, tout du moins pour l’instant. Lorsqu’Ann s’encanaille, elle change de look. « Oui, Ann Prentice avait changé. Ses cheveux, qui étaient d’un brun cuivré très doux striés de quelques fils blancs, avaient été passés au henné, et coupés pour obéir à la mode la plus récente et la plus excentrique. Ses sourcils étaient épilés et son visage maquillé de façon savante et coûteuse ». Sa beauté, elle ne la doit plus à son naturel, mais à un « maquillage ruineux ». C’est désormais sous une « épaisse couche de fard » qu’Ann vit sa vie. Il faudra attendre Gerry pour que le naturel revienne au galop dans la maison et que fond de teint, teinture capillaire et autres cosmétiques soient mis au rancart. « Qu’est-ce que vous disiez, Edith ? Je disais que vos cheveux ont l’air tout drôle près des racines. Vous devriez les faire arranger un peu. Je ne me donnerai plus cette peine. Ils m’iront mieux tout gris. Vous aurez l’air plus respectable, je suis d’accord. Mais ça fera un drôle d’effet s’ils sont moitié-moitié. »

Sarah, quant à elle, ne boude jamais les cosmétiques ; elle aime à vernir ses ongles en « rouge carmin », à l’aide de vernis qui sentent le « bonbon anglais », elle aime à se maquiller, « à corriger le dessin des lèvres, à refaire la ligne des sourcils ». Elle se plaît à se maquiller en public dans le but évident d’agacer Richard qui trouve cette attitude totalement incongrue.

Richard mord à l’hameçon et ne manque jamais de lui faire des remarques au sujet des cosmétiques qu’elle emploie. « On dirait que vous avez trempé vos doigts dans le sang. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les jeunes filles de votre âge éprouvent le besoin de se fourrer cette affaire-là sur les ongles ! » Les hommes n’aiment pas qu’on abuse du maquillage et de la poudre. Cela donne l’air « d’une grue ».

« La vérité sans fard » dit-on. La beauté sans fard, répond Agatha Christie qui semble, cette fois, adepte du « nude »…

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son collage et la baguette magique d'Agatha Christie !

Bibliographie

1 Westmacott M., Ainsi vont les filles, Le club français du livre, 1953






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