Un roman qui sent le savon… pas n’importe lequel !
Ce roman de Ian Fleming intitulé Motel 007 ou l’espion qui m’aimait est intriguant, dans la mesure où le héros, James Bond, l’agent 007 n’arrive qu’à la fin de l’histoire !1 Juste le temps de venir à bout des méchants ! Des méchants qui ont pour mission de mettre le feu à un motel sur ordre des propriétaires, afin de toucher la prime d’assurance. La réceptionniste, qui est seule à veiller sur l’établissement, doit être conservée en vie et menacée, afin d’obtenir son témoignage au moment de l’enquête de police. L’incendie doit sembler s’être déclaré par accident. Sauf qu’il est dû à une bonne dose de napalm !
Heureusement, James Bond passe par-là et sauve la gentille jeune femme avant de disparaître au loin !
Dans une douce odeur de savon Camay !
L’héroïne, physiquement
Elle se nomme Vivienne Michel. Il s’agit d’une orpheline qui a 23 ans et des yeux bleus. Elle mesure 1m65 et possède des cheveux châtains qu’elle ne semble guère apprécier. Elle rêve, en effet, de se faire faire des mèches (elle appelle cela se « faire faire un « coup de soleil » »), afin d’avoir « l’air plus âgée et plus chic. »
Elevée par sa tante, Vivienne est envoyée à Londres, adolescente, afin de « parfaire » son éducation.
L’héroïne, au tout début du roman
Lorsque nous la découvrons, elle est réceptionniste au Motel des Sapins Rêveurs, dans la région des Adirondacks. Elle est revenue dans son pays après un séjour à Londres où elle a dû se glisser dans la peau d’une jeune fille de bonne famille et porter un masque continuellement, un masque virtuel, faut-il préciser… « […] je n’avais plus aucune envie de peindre sur mon vrai visage des traits étrangers ».
L’héroïne, son passé
Elle a été envoyée à Londres, afin d’acquérir les bonnes manières et devenir « une lady » ! Pour cela, elle a dû renoncer à quelques cosmétiques comme le « rouge à lèvres » et le « vernis à ongles ».
En lieu et place de cela, elle a découvert l’amour dans les bras d’un goujat, Derek Mallaby, puis s’est consolée de sa rupture avec un grand jeune homme blond aux yeux bleus du nom de Kurt Rainer, un jeune homme plutôt strict, qui n’aime pas tout ce qui peut être qualifié de « décadent » ! Lui aussi, il la laissera tomber, après l’avoir obligée à avorter !
L’héroïne, sa vie avec Kurt
Avec Kurt, Vivienne arrête de boire, de fumer, de porter du maquillage (Kurt lui interdit le rouge à lèvres). Cette aventure avec Kurt sera courte !
L’héroïne, son présent
Alors qu’elle garde un motel vide (car on est hors saison), Vivienne est attaquée par deux bandits (Sluggsy Morant et Sol Horowitz) et sera libérée par James Bond, qui, tel Zorro, surgit dans la nuit. Forcément, une relation amoureuse se noue illico et ce même si Vivienne n’est pas « terrible à voir » sans « maquillage » sur la « figure » !
James Bond, le héros au pneu crevé
Si James Bond débarque ainsi au Motel c’est tout simplement qu’il a un pneu crevé ! Il nous apparait toujours aussi séduisant, dans « le genre ténébreux », du fait d’une cicatrice qui barre sa « joue gauche ». Il est grand (1m80), « légèrement bronzé » (Vivienne est « hantée » par son « visage brun », sa « poitrine bronzée », son « dos hâlé », ses « mains hâlées ») et possède des « yeux d’un gris bleuté très clair » très particuliers.
James Bond, comme Derek et Kurt, séduit Vivienne, avant de la laisse tomber, lui aussi… ne lui laissant qu’un simple petit mot sur l’oreiller… En post-scriptum, James conseille à Vivienne de remplacer son savon Camay par le savon parfum Guerlain répondant au doux nom de « Fleurs des Alpes » !
Et une bonne odeur de sapin
Dans les Adirondacks règne une bonne odeur de sapin. Une odeur dont raffole Vivienne… « Le seul bon côté des conifères, c’est leur parfum ; quand je peux m’en procurer, je mets de l’essence de pin dans mon bain. »
Et des douches
Vivienne prend des douches (4 en tout). Une « douche froide », avant d’être attaquée et une douche après (« Quand je revins à moi, j’étais sous ma douche, dans mon bungalow. »)
Elle prend aussi une douche mémorable avec un James Bond hardi qui pénètre dans la cabine de douche sans frapper et se met à la savonner… « J’avais entamé un savon Camay tout neuf (« Dorlotez vos invités, donnez-leur du Camay rose – au parfum subtil comme un coûteux parfum français… ») et je me mis à me frotter sur tout le corps doucement. » Vivienne réagit au quart de tour et décide de shampooiner James en retour avec une belle vigueur. « Baissez la tête. Je vais essayer de ne pas vous en mettre trop dans les yeux. » Puis des cheveux, Vivienne descend au visage, à la poitrine et… au reste. Oui, car James Bond insiste… En cas de prochaine guerre mondiale, Vivienne pourrait être infirmière et dans cette optique elle doit être capable de « laver un homme ».
James Bond n’a pas l’air très calé dans le domaine cosmétique. Au nez, il croit reconnaître le parfum du savon « Cléopâtre » ! Vivienne se défend farouchement… Camay est bien mieux que Cléopâtre… « Il est très bon. Il contient un parfum français très cher. C’est dit sur le papier. Et vous sentez délicieusement bon ». En tout cas, c’était nécessaire pour James, qui sent « la poudre ». Pas la poudre de riz ! La poudre de révolver !
On laissera Vivienne et James finir leurs ablutions ensemble, en toute intimité. « […] nos corps étaient gluants d’eau et de savon. »
Et des brosses à dents
Même au plus fort de l’histoire, Vivienne reste calme et continue à se « brosser les dents », avant de se coucher.
Et de la poudre de riz
Chassé d’un cinéma où le couple s’apprête à faire l’amour, Vivienne et Derek sortent tout penaud ! Derek part chercher la voiture et crée un bouchon en s’arrêtant pour attendre Vivienne. Il s’excuse platement du dérangement à un agent qui passe par là… « Je vous ai dit qu’elle serait là dans une minute. Il fallait qu’elle… euh… poudre son nez. Pas vrai, chérie ? »
Et une question de superficialité
Vivienne découragée de ces expériences amoureuses confie à son lecteur sa vision des hommes : « Des cheveux blonds et des yeux clairs, un teint bronzé ne vont pas plus loin en profondeur que le maquillage d’une femme. C’est juste une sorte de vernis. »
Motel 007 ou l’espion qui m’aimait, en bref
Aussi beau et fleurant bon ce roman qu’un joli petit savon Camay ! Ah quelle imagination ce Ian Fleming qui, avec une intrigue mince comme une liane, réussit à tirer un roman d’une centaine de pages écrit serré ! Que du bonheur pour les amateurs de cosmétiques !
Bibliographie
1 Fleming I., Motel 007 ou l’espion qui m’aimait, édition établie par Francis Lacassin, Bouquins La collection, 889 pages,2024

