Histoire des cosmétiques

L’histoire des cosmétiques c’est avant tout l’histoire d’un regard, le regard que nous portons sur nous-même, le regard que nous portons sur les autres. De la Préhistoire à nos jours, ce regard a changé dictant des modes et édictant des règles qui tour à tour paraissent obsolètes ou bien au contraire le comble de la modernité. Très tôt, l’Homme s’est soucié de son apparence. Avec les matériaux dont il disposait, il s’est appliqué à modeler de ses mains la silhouette idéale à ses yeux. Les vénus prennent des formes variables. Elles sont tout en seins, fesses et cuisses pour les vénus germaniques (vénus d’Hohle Fels et de Willendorf), le corps strié de scarifications, ou bien longilignes à l’extrême pour la vénus impudique de Lauguerie-basse. La beauté est déjà plurielle. Avulsions dentaires, scarifications, tatouages, trépanations, la mode en matière esthétique est des plus brutales. Etre beau est l’apanage de l’adulte. Les rites initiatiques permettant de passer de l’adolescence à l’âge adulte sont rudes et nécessitent du courage. L’expression « il faut souffrir pour être belle » s’applique à la perfection en ces périodes ancestrales. Le tressage des cheveux, la réalisation de colliers à base de coquillages ou de produits de maquillage à base d’argile constituent des moyens moins traumatisants mais tout aussi efficaces pour circonvenir aux critères de beauté en vigueur. De l’Homme des cavernes aux grecs antiques, si l’obsession de la beauté demeure, les moyens mis en œuvre se raffinent. Pour le poète Anacréon (550 av JC – 464 av JC), la beauté est une arme spécifiquement féminine. L’homme pour affronter la vie a son courage, la femme sa beauté.


Pour la femme, tout est-il clos ?
Que reste-t-il donc ? La beauté,
Qui de tout bouclier tient lieu,
D’une épée, n’importe laquelle,
Car une femme qui est belle
Triomphe du fer et du feu

Extrait du poème « La Beauté » Anacréon

Une tête bien faite, un corps sain.

De la gymnastique pour sculpter le corps, des cosmétiques pour parer aux disgrâces naturelles. Une épilation soigneuse réalisée de mains de maîtres par des professionnels hors pair, un peu de pommade ou de cérat pour raviver la couleur des lèvres, des sels de plomb pour blanchir la peau. Tels sont les maîtres mots. Si les grecs ont inventé la beauté comme le pense Jean d’Ormesson, les romains se sont, quant à eux, passionné pour les cosmétiques. Ovide dans « L’art d’aimer » et « Les cosmétiques » n’est pas avare de conseils. Propreté (du corps, des dents), et blancheur éclatante sont recommandés. Le bain obéit à un rituel bien précis ; les parfums sont consommés sans modération et parfument aussi bien l’atmosphère que l’eau du bain. Il est de bon ton de ne pas « offenser l’odorat » de son voisin. Corne de cerf, graisse de crocodile (les jusqu’aux-boutistes parlent même d’excréments de crocodile !) entrent dans la composition des préparations destinées à éclaircir le teint. Œufs de mouches et de fourmis sont les ingrédients d’une poudre noire qui permet de maquiller les sourcils trop peu fournis. Les belles romaines dilatent leurs pupilles grâce à un collyre contenant de l’atropine provenant de la Belladone. On est, alors, fort peu regardant en termes de profil toxicologique des ingrédients utilisés.

Le moyen-âge

Au Moyen-âge, on est pragmatique. Les romans de la table ronde décrivent une beauté pleine de verdeur. La reine Guenièvre « était la plus belle femme qui fût alors en la Bretagne Bleue : sous sa couronne d’or et de pierreries, son visage était frais et justement coloré de blanc et de vermeil ; quant à son corps, il n’était ni trop gras ni trop maigre, les épaules droites et polies, les flancs étroits, les hanches basses, les pieds blancs et voûtés, les bras longs et gros, les mains blanches et grassettes ; c’était une joie. » Rien de bien romantique. Un peu plus tard, on sera plus exigent. Le front se devra d’être haut (on l’épile à l’extrême) et bombé. Les lèvres sont teintées à l’aide d’une pommade colorée au carmin de cochenille. Un teint de lait est obtenu grâce à la céruse. Il convient de se préserver des effets du soleil.

La renaissance

Durant la Renaissance, le franciscain italien Fra Luca di Burgo propose de mettre la beauté en équation. Dans son ouvrage « Divine proportion », il propose un nombre d’or permettant de réaliser des formes géométriques qui donnent l’illusion de la perfection. La perfection n’étant pas de ce monde, chacun cherche par un moyen ou par un autre à mettre en place les artifices qui conduiront à l’illusion de la beauté. Les cosmétiques constituent des artifices de choix. La quête d’un teint pâle est toujours d’actualité. Les recettes abondent. Nos rois de France n’échappent pas à la règle. Henri III, dont on n’ignore pas la préciosité, redécouvre le masque de Poppée et n’hésite pas à en faire usage.

Louis XIV, « le Roi le plus doux fleurant », est un grand consommateur de cosmétiques. Teint pâle, lèvres rouges, le courtisan ainsi paré est prêt pour la représentation. Caché sous une épaisse couche de fard, il n’affiche plus ni âge, ni sentiments. Après avoir souffert de la rébellion des nobles au cours de la fronde, Louis XIV muselle l’opposition, l’étourdissant de fêtes parfumées en son palais de Versailles. L’aqua admirabilis ou eau de Cologne est inventée par Paul Féminis. Elle va parfumer toutes les cours européennes et finira par se démocratiser et descendre dans la rue au XIXème siècle. Les femmes ne sont pas seulement belles. Elles sont intelligentes. Elles réunissent dans leur salon des « honnêtes gens » qui sont capables de discourir des heures durant sur les sujets les plus divers. Les esprits bouillonnent dans les salons, le vin fermente grâce à Dom Perignon ! Ninon de L’Enclos passe être la plus belle femme du XVIIème siècle. Elle aime à se vanter de sa fraîcheur qui perdura affirment certains, jusqu’à un âge fort avancé. Chateaubriand, deux siècles plus tard, aura la dent dure, vis-à-vis de la belle courtisane : « Ninon, dévorée du temps, n’avait plus que quelques os entrelacés, comme on en voit dans les cryptes de Rome ». Les cosmétiques ne peuvent pas tout !

Louis XV reste dans le même esprit. On parle en effet, de cour parfumée. Son chirurgien-dentiste, Edme François-Jules Botot, met au point une solution antiseptique qui franchira les âges allègrement.
Puis, c’est Marie-Antoinette qui lance les modes avec frénésie. Elle est jolie et n’abuse pas de maquillage. Elle est moins raisonnable en termes de coiffures. Des plumes et ornements d’une hauteur extraordinaire, des robes et quolifichets, autant de prétextes pour amener un peu de bonne humeur dans une cour vieillissante et sclérosée.
La révolution française met un frein à une consommation de poudre jugée excessive. Il n’est pas de bon ton d’être trop soigné. Les aristocrates à la lanterne ! La pommade Samson, le parfum à la guillotine remplacent les cosmétiques d’antan… Les temps sont à la peur.

En réaction, à peine Thermidor passée, incroyables et merveilleuses s’aspergent de parfum à la muscade et tentent d’oublier en s’étourdissant les malheurs passés. Les cosmétiques reprennent du service. Les bains de fruits frais font alors la peau douce…

Le XIXème siècle

Le XIXème siècle voit les régimes se bousculer les uns les autres. Les esprits bouillonnent dans tous les domaines et les cosmétiques se mêlent à la vie de tous les jours. Les français sont plein d’imagination. Le parfumeur Rimmel met au point une préparation pour le maquillage des yeux : le mascara est né. Décriées par les uns, prônées par les autres, les préparations pour éclaircir le teint occupent toujours le devant de la scène. Elles sont toujours aussi dangereuses pour la santé. Les femmes se protègent du soleil au maximum et évitent à tout prix le hâle qui caractérise les gens du peuple. Joseph-Albert Ponsin se lance dans la fabrication des fards. Son successeur fera fructifier la société Bourjois avec brio. Pierre-François Pascal Guerlain compose des parfums hardis pour l’époque et inspire Honoré de Balzac pour son César Birotteau ; il sait se faire courtisan, offrant à Napoléon III, l’eau de Cologne impériale, à l’occasion de son mariage. La poudre de riz constitue la base de tout l’arsenal féminin. Des actrices comme Sarah Bernhard en vantent les mérites. Une préparation à base de cire d’abeille, de beurre et de raisin est utilisée pour le maquillage des lèvres. Le bâton de rouge à lèvres moderne est en germe. Les premiers instituts de beauté voient le jour, Klytia à Paris est l’un des tout premiers.

Le XXème siècle

Le XXème débute très doucement dans le domaine des cosmétiques. Ceux-ci sont encore d’un autre âge. Paul Poiret tente de libérer les femmes de leur corset. 1909 est une date importante dans l’histoire des cosmétiques puisque le chimiste Eugène Schueller fonde la « Société française de teintures inoffensives pour cheveux ». L’Oreal, le fleuron national n’est pas loin. Après s’être attaqué aux teintures capillaires, Eugène Schueller mettra son expertise au service des autres branches de la cosmétologie. Il sera l’un des pionniers dans le domaine de la photoprotection et saura exploiter au mieux les innovations spécifiques à chaque époque. Après la première guerre mondiale, il faut réparer les gueules cassées. Suzanne Noël s’y emploie et pose, avec d’autres, les bases de la chirurgie esthétique. Les femmes se libèrent mais se poudrent toujours le bout du nez. Caron et T-Leclerc sont en compétition. Les vernis à ongles des frères Revson traversent l’Atlantique. Ils sont merveilleusement opaques et très couvrants. Le rouge à lèvres « Rouge Baiser » vient compléter la panoplie. Il résiste dit-on au baiser ! Les premiers shampooings modernes voient le jour. Le tensioactif qui le compose est obtenu par synthèse. Les crèmes Simon et Nivea sont de bons basiques qui protègent la peau tout en ayant des compositions très simples.

On commence à prendre goût au bronzage. La peau hâlée qui a fait le désespoir de plus d’une par le passé est désormais le canon à atteindre. Les premières huiles solaires voient le jour (Ambre solaire® est l’une d’elle). L’accueil est toutefois mitigé. Coiffeurs, écrivain (Colette) entrent dans la danse, tout le monde veut profiter de la manne qu’est la toute jeune industrie cosmétique. Il y a de la place pour tout le monde ! Après la seconde guerre mondiale, la société Lancaster est créée. Son nom est un hommage aux bombardiers anglais, les « avro Lancaster ». La guerre est déclarée aux bourrelets, aux chairs affaissées, aux rides… On met de tout dans les cosmétiques (des embryons de poulet, du placenta…). Chaque y va de sa spécificité, un tel les huiles essentielles, l’autre les plantes entières… Les cosmétiques se segmentent. Pour exister, il faut inventer une histoire, créer un univers. Tout s’accélère, on nous parle d’acide de fruits, de collagène, d’élastine, de liposomes, les termes sont de plus en plus techniques. Paris au cours du XXème siècle a attiré beaucoup de pionnières du domaine de la beauté, Helena Rubinstein, Nadia Grégoria Payot, Ella Baché…

Aujourd'hui

Le XXIème siècle est le siècle de la grande peur, marqué par des polémiques. Les parabens sont pointés du doigt, les filtres UV sont jugés oestrogéniques (voir notre avis). Suite à ces menaces, la vague Bio déferle mettant sur le marché des produits solaires de piètre efficacité (voir item produits solaires). Les actifs cosmétiques ressemblent de plus en plus à des principes actifs médicamenteux. Les actifs botox like, les extraits de venin de serpent, tout est mis en œuvre pour conserver l’éternelle jeunesse. Les BB, CC, DD crèmes arrivent sur le marché laissant le consommateur étourdi sous cette avalanche d’initiales.
Le domaine de la cosmétologie est un domaine passionnant qui permet d’embellir le regard que nous portons aux autres ou à nous-mêmes. Ne nous laissons pas déstabiliser par les bruits que nous entendons ici ou là. Nous nous offrons de vous guider et de vous faire une idée claire sur les intérêts comparés de telle ou telle catégorie de cosmétiques.